La possibilité d'un PPT : Edouard Levé. Autoportrait
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
Edouard Levé est surtout connu pour s’être suicidé juste après avoir déposé chez son éditeur (POL, évidemment — les écrivains qui se suicident sont chez POL) un manuscrit appelé « Suicide ».
Ma collègue Hana m’en avait parlé, je l’ai acheté, puis je me suis rappelé que je n’avais plus de Xanax et je l’ai oublié.
Puis j’ai vu passer un post LinkedIn du « Chaos Club » qui présentait son avant-dernier livre, Autoportrait, comme un bon livre à insights.
Une autobiographie en 1 600 phrases, 1 600 aphorismes, et donc autant d’insights.
On se doute à la lecture que l’auteur ne vivra pas vieux… m’enfin, quand même.
J’aime particulièrement celui-ci. Je trouve que ça pourrait même être un insight témoin — celui qu’on cite pour expliquer ce qu’est un insight :
Quand j’ai faim, j’ai l’impression d’être maigre.
Considérations et phrases remarquables.
Je ne pourrai dire qu’une fois sans mentir « je meurs ». Le plus beau jour de ma vie est peut-être passé.
Lorsque je rentre de voyage, le meilleur moment n’est ni le passage à l’aéroport ni l’arrivée à la maison, mais le trajet en taxi qui relie les deux : c’est encore du voyage, mais plus vraiment.
Comme je suis drôle, on me croit heureux.
En train, dans le sens opposé à la marche, je ne vois pas les choses arriver, mais partir.
Je reproche ce que l’on me reproche.
Je n’ai pas de maison de week-end car je n’aime pas ouvrir puis fermer une volée de volets en deux jours.
Si je voyage avec quelqu’un, je vois le pays à moitié moins que si je voyage seul.
J’ai moins envie de changer les choses que la perception que j’en ai.
Si je retarde un coup de téléphone dans lequel il y a un fort enjeu, l’attente devient plus pénible que l’appel.
En me contredisant, j’éprouve deux plaisirs : me trahir, et avoir une nouvelle opinion.
Quand j’ai faim, j’ai l’impression d’être maigre.
J’ai soixante pantalons, quarante chemises, dix-huit blousons ou vestes et vingt-cinq paires de chaussures, soit un million quatre-vingt mille façons de m’habiller.
Au petit-déjeuner, je suis seul, même si je suis avec quelqu’un.
Je crois plus en la littérature, même mineure, que dans le cinéma, même majeur.
le problème est que les gens gentils sont gentils avec tout le monde, ils aiment tout, ce qui diminue la valeur de leur avis.
Je serais très ému qu’un ami me dise qu’il m’aime, y compris si c’est par amour plutôt que par amitié.
Les jours où je fais du sport, je n’éprouve pas de sentiment de culpabilité, même dans les domaines qui n’ont rien à voir avec le corps.
Sur plusieurs tables du lycée, j’ai lu ces phrases inscrites l’une au-dessus de l’autre : « Dieu est mort. (Nietzsche.) Nietzsche est mort. (Dieu.)
Je pardonnerais à une femme de m’avoir trompé si l’autre est mieux que moi.
Dans un sandwich, je ne vois pas ce que je mange, je l’imagine.
Devant la télévision, je ne profite pas de ce que je mange, parce que je ne le regarde pas.
Heureusement, je ne sais pas ce que j’attends de la vie.
Les jeux de société commencent par m’ennuyer et finissent par m’énerver.
Le plus beau jour de ma vie est peut-être passé.