La possibilité d'un PPT : Schopenhauer, Arthur. Aphorismes sur la sagesse dans la vie
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
Je déteste voyager ; sauf à vélo. J’aime la route, pas la destination (même si la question se pose pour Disneyland Paris, entre le RER A et la Reine des Neiges, mon coeur balance)
Je suis un peu comme Pessoa :
I abhor new ways of life and unfamiliar places. The idea of travelling nauseates me. Ah, let those who don’t exist travel! Travel is for those who cannot feel. Only extreme poverty of the imagination justifies having to move around to feel.
(Le Livre de l’intranquillité - je suis tombé sur cette citation dans un article du New Yorker The Case Against Travel)
Quand je dois m’en expliquer (s’il y a bien un truc qui n’est pas accepté, c’est de ne pas aimer dépenser 4000 balles pour prendre l’avion et se faire chier sur du sable qui colle et un soleil qui crame, à galérer à trouver une position correcte pour lire même quand on paie très cher des transats), je ressors toujours cette citation :
C’est changer de climat, ce n’est pas changer d’humeur, que de courir au-delà des mers. »
Enfin, un truc approchant.
Je ne savais plus, jusqu’à aujourd’hui, d’où je la sortais.
Ben ça vient des Aphorismes sur la sagesse dans la vie de Schopenhauer que j’ai lu pendant le Covid, en me disant que ce moment, c’était quand même le paradis pour les gens qui n’aimaient pas les gens ; il n’y a pas plus misanthrope que Schopenhauer. Il ne supportait que son chien.
La thèse principale est aussi simple que flateuse : les esprits supérieurs finissent souvent par préférer la solitude.
J’ai remarqué que ce livre était souvent présent chez ceux qui n’ont qu’un ou deux livres dans leur bibliothèque (par snobisme).
Souvent à côté d’un Borges ou d’un Balzac. Rarement ouvert.
Considérations et phrases remarquables.
Le sort des mortels peut être ramené à trois conditions fondamentales. Ce sont :
1° Ce qu’on est : donc la personnalité, dans son sens le plus étendu. Par conséquent, on comprend ici la santé, la force, la beauté, le tempérament, le caractère moral, l’intelligence et son développement.
2° Ce qu’on a : donc propriété et avoir de toute nature.
3° Ce qu’on représente : on sait que par cette expression l’on entend la manière dont les autres se représentent un individu, par conséquent ce qu’il est dans leur représentation. Cela consiste donc dans leur opinion à son égard et se divise en honneur, rang et gloire.
Déjà Métrodore, le premier élève d’Épicure, avait intitulé un chapitre : Les causes qui viennent de nous contribuent plus au bonheur que celles qui naissent des choses.
Il est donc facile de voir clairement combien notre bonheur dépend de ce que nous sommes, de notre individualité, tandis qu’on ne tient compte le plus souvent que de ce que nous avons ou de ce que nous représentons.
Un homme d’esprit, dans la solitude la plus absolue, trouve dans ses propres pensées et dans sa propre fantaisie de quoi se divertir agréablement, tandis que l’être borné aura beau varier sans cesse les fêtes, les spectacles, les promenades et les amusements, il ne parviendra pas à écarter l’ennui qui le torture. Un bon caractère, modéré et doux, pourra être content dans l’indigence, pendant que toutes les richesses ne sauraient satisfaire un caractère avide, envieux et méchant. Quant à l’homme doué en permanence d’une individualité extraordinaire, intellectuellement supérieure, celui-là alors peut se passer de la plupart de ces jouissances auxquelles le monde aspire généralement ; bien plus, elles ne sont pour lui qu’un dérangement et un fardeau.
ce qui arrive à un homme dans sa vie est de moindre importance que la manière dont il le sent,
C’est ce qu’énonce bien cette sentence d’Épictète : Ce qui émeut les hommes, ce ne sont pas les choses, mais l’opinion sur les choses
La beauté est une lettre ouverte de recommandation, qui nous gagne les cœurs à l’avance ;
En effet, extérieurement, le besoin et la privation engendrent la douleur ; en revanche, l’aise et l’abondance font naître l’ennui. C’est pourquoi nous voyons la classe inférieure du peuple luttant incessamment contre le besoin, donc contre la douleur, et par contre la classe riche et élevée dans une lutte permanente, souvent désespérée, contre l’ennui.
L’homme intelligent aspirera avant tout à fuir toute douleur, toute tracasserie et à trouver le repos et les loisirs ; il recherchera donc une vie tranquille, modeste, abritée autant que possible contre les importuns ; après avoir entretenu pendant quelque temps des relations avec ce que l’on appelle les hommes, il préférera une existence retirée, et, si c’est un esprit tout à fait supérieur, il choisira la solitude. Car plus un homme possède en lui-même, moins il a besoin du monde extérieur et moins les autres peuvent lui être utiles. Aussi la supériorité de l’intelligence conduit-elle à l’insociabilité.
L’homme ordinaire ne se préoccupe que de passer le temps, l’homme de talent que de l’employer.
Le cigare lui aussi fournit volontiers de quoi suppléer aux pensées.
Le bonheur appartient à ceux qui se suffisent à eux-mêmes.
Le bonheur consiste à exercer ses facultés par des travaux capables de résultat
Le repos sans l’étude est une espèce de mort qui met un homme tout vivant au tombeau.
ma philosophie ne m’a rien rapporté, mais elle m’a beaucoup épargné.
Pour l’homme appelé à imprimer la trace de son esprit sur l’humanité entière, il n’existe qu’un seul bonheur et un seul malheur ; c’est de pouvoir perfectionner ses talents, et compléter ses œuvres, — ou bien d’en être empêché.
La fortune dont on dispose doit être considérée comme un rempart contre le grand nombre des maux et des malheurs possibles, et non comme une permission et encore moins comme une obligation d’avoir à se procurer les plaisirs du monde.
En réalité, une foule de gens ne sont dans l’indigence que pour avoir dépensé leur argent pendant qu’ils en avaient, afin de procurer un soulagement momentané à l’ennui qui les oppressait.
Car ce que chacun recherche et aime avant tout, non seulement dans la simple conversation, mais encore, a fortiori dans le service public, c’est l’infériorité de l’autre.
Chaque nation se moque de l’autre, et toutes ont raison.
l’honneur est le frère mortel de l’immortelle gloire.
la gloire fuit devant ceux qui la cherchent et suit ceux qui la négligent, parce que les premiers s’accommodent au goût de leurs contemporains, tandis que les autres l’affrontent.
d’Alembert rend la même pensée dans sa magnifique description du temple de la gloire littéraire : « L’intérieur du temple n’est habité que par des morts qui n’y étaient pas de leur vivant, et par quelques vivants que l’on met à la porte, pour la plupart, dès qu’ils sont morts. »
C’est changer de climat, ce n’est pas changer d’humeur, que de courir au-delà des mers.
Le sage poursuit l’absence de douleur et non le plaisir.
Voltaire : « Le bonheur n’est qu’un rêve et la douleur est réelle »,
Car, pour ne pas devenir très malheureux, le moyen le plus certain est de ne pas demander à être très heureux.
nous devrions ne jamais oublier que le présent seul est réel, que seul il est certain, et qu’au contraire l’avenir se présente presque toujours autre que nous ne le pensions et que le passé lui aussi a été différent ; ce qui fait que, en somme, avenir et passé ont tous deux bien moins d’importance qu’il ne nous semble.
Chaque jour séparément est une vie séparée (Sénèque)
Celui qui ne relève que de lui-même et met en lui tous ses biens doit nécessairement être le plus heureux des hommes.
La conséquence de tout cela c’est que la sociabilité de chacun est en raison inverse de sa valeur intellectuelle ; dire de quelqu’un : « Il est très insociable », signifie à peu de chose près : « C’est un homme doué de hautes facultés. »
il n’y a de choix dans le monde qu’entre la solitude et la vulgarité.
Sangle ferme, puis laisse courir : Si, malgré tout, l’issue tourne à mal, c’est que toutes choses humaines sont soumises à la chance et à l’erreur.
N’avoir jamais et d’aucune façon besoin des autres et le leur faire voir, voilà absolument la seule manière de maintenir sa supériorité dans les relations.
le monde est mauvais ; les sauvages s’entre-dévorent et les civilisés s’entre-trompent, et voilà ce qu’on appelle le cours du monde.
Le fait d’affecter une qualité, de s’en vanter, est un aveu qu’on ne la possède pas.
Point d’argent mieux placé que celui dont nous nous sommes laissé voler, car il nous a immédiatement servi à acheter de la prudence.
(Ne cède pas à l’adversité, mais marche hardiment contre elle.)
Si donc le caractère de la première moitié de la vie est une aspiration inassouvie au bonheur, celui de la seconde moitié est l’appréhension du malheur.
demander à vivre longtemps est un souhait téméraire. Car « quien larga vida vive mucho mal vide » (qui vit longtemps voit beaucoup de mal), dit un proverbe espagnol.