Kessel

Planneur Romantique #42

La possibilité d'un PPT : Malville, Robert Merle

La possibilité d'un PPT
2 min ⋅ 08/07/2024

C’est quoi l’idée ?

Celui qui lit, aura vécu 5000 ans ; la lecture est une immortalité en sens inverse ; la littérature et la vie c’est pareil. Le métier de planneur stratégique en agence de publicité consiste à connaître les gens ; à vivre d’autres vies que la sienne.

Je suis payé pour vendre des idées, souvent celles des autres, la forme étant le fond qui remonte à la surface elles doivent être bien troussées et présentées non pas comme une découverte mais comme la redécouverte de celles d’illustres individus avant nous.

Rien n’est de moi dans les lignes précédentes, lire sert à ça, à copier et à coller.
Avant, il faut collecter et c’est ce que je fais, chaque lundi à 13h45 dans cette newsletter ; pour mieux les retrouver au besoin.


Père ManQ, raconte-nous une histoire.

Suite de ma petite phase SF avec Malvil de Robert Merle. Publié en 72.
Surtout connu pour La mort est mon métier, biographie romancée du Nazi Rudolf Hoss, le film The Zone of Interest en est l’adaptation officieuse (j’imagine).

Merle fait de Science-Fiction rurale ou Pastorale SF pour faire plus Philip Roth.
Imaginez un mix des plus illustres protagonistes de l’émission Strip-Tease.
Le comptable qui se rêve mercenaire, le paumé envoyé de dieu, un châtelain, un étudiant en socio parisien, des gens du voyage, un cocu magnifique, l’idiot du village, un communiste, la fille aux moeurs légères le pépé cycliste alcoolique and so on. Une belle bande de tocards magnifiques qui se réveilleraient, après un “événement”, dont on ne sait rien et dont on ne saura rien, dans l’univers de La Route de McCarthy.
L’événement est moins une dissolution de l’assemblée qu’un probable accident nucléaire mais vous voyez l’idée.
Comme j’ai dû réécrire ce matin mon intro (j’ai 3 semaines d’avance) je vais par manque de temps devoir emprunter les mots du grand François Bayrou entendu ce matin, qui décrivent à merveille et avec une précision champêtre le coeur du roman : c'est l'alliance de la carpe et du lapin !

Tous ces loosers magnifiques se voient obligés de poser les bases d’une nouvelle société.
Malgré la légèreté de ces lignes, l’ambiance c’est plutôt Mad max au Moyen-âge.

Bon sens paysan, réflexion sur la monogamie / polygamie, impératif d’organisation sociale, rapport aux animaux, aux étrangers, au meurtre, à la religion, deuil ; c’est presque un travail anthropologique prospectif sur l’après fin du monde.

Robert Merle est un très grand styliste. La semaine prochaine termine cette parenthèse SF avec un très mauvais styliste français, probablement l’auteur le plus sûr-côté de ces 20 dernières années.
(enfin se diront certaines lectrices insatisfaites par mon virage “populaire” amorcé avec Hyperion).



Phrases et idées remarquables.


 

Ma mère, par exemple. Geignarde et prêchi-prêchante, elle a le vice des gens médiocres : elle récrimine. Simple alibi pour l’esprit de routine.

À Malejac, les gens s’entourent du matin au soir d’un petit bruit rassurant de paroles.


Je ne sais pas qui a dit qu’on peut guérir l’âme par le moyen des sens. Mais je le crois, pour l’avoir éprouvé.


J’ai remarqué que ce genre d’homme jaunâtre, dyspeptique et furonculeux n’est jamais heureux dans la vie. Il se livre à l’ambition, c’est-à-dire qu’il ne se donne pas aux choses qui lui feraient vraiment plaisir, mais à celles que les autres trouvent importantes.


Dans la société de consommation, la denrée que l’homme consomme le plus, c’est l’optimisme. Depuis le temps que la planète était bourrée de tout ce qu’il fallait pour la détruire – et avec elle, au besoin, les planètes les plus proches –, on avait fini par dormir tranquille.

 

Si on est vivant, c’est pour continuer. La vie, c’est comme le travail. Mieux vaut aller jusqu’au bout que non pas le laisser en plan quand ça devient difficile.


Tu vis parce que tu vis, mon gars. Faut pas chercher plus loin. La mort, c’est quand même pas l’amie de l’homme.


L’homme, c’est la seule espèce animale qui puisse concevoir l’idée de sa disparition et la seule que cette idée désespère. Quelle race étrange : si acharnée à se détruire et si acharnée à se conserver. — Comme quoi, dit Peyssou comme s’il concluait une longue réflexion, ça suffit pas de survivre. Pour que ça t’intéresse, il faut aussi que ça continue après toi.


J’avais l’impression que cet homme, qui jouait sur les sentiments humains, ne les éprouvait pas.


Au fond, toutes ces machines qui étaient supposées faciliter notre tâche, autos, téléphone, tracteur, tronçonneuse, broyeur de grain, scie circulaire, elles la facilitaient, c’est vrai. Mais elles avaient aussi pour effet d’accélérer le temps. On voulait faire trop de choses trop vite. Les machines étaient toujours là, sur vos talons, à vous presser.

 

je ne crois pas du tout qu’à petite ou à grande échelle, un groupe sécrète toujours le grand homme dont il a besoin. Bien au contraire, il est des moments de l’Histoire où l’on sent un creux terrible : le chef nécessaire n’est pas apparu et tout échoue lamentablement.

La possibilité d'un PPT

Par Emmanuel Quéré