C’est quoi l’idée ?
Celui qui lit, aura vécu 5000 ans ; la lecture est une immortalité en sens inverse ; la littérature et la vie c’est pareil. Le métier de planneur stratégique en agence de publicité consiste à connaître les gens ; à vivre d’autres vies que la sienne.
Je suis payé pour vendre des idées, souvent celles des autres, la forme étant le fond qui remonte à la surface elles doivent être bien troussées et présentées non pas comme une découverte mais comme la redécouverte de celles d’illustres individus avant nous.
Rien n’est de moi dans les lignes précédentes, lire sert à ça, à copier et à coller.
Avant, il faut collecter et c’est ce que je fais, chaque lundi à 13h45 dans cette newsletter ; pour mieux les retrouver au besoin.
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
Comme Joan Didion, Tom Wolfe, Michel Sardou ou Bret Easton Ellis mais pas comme Pascal Praud - nuance subtile mais j’y tiens - je ne me sens pas toujours trop l’aise dans mon époque.
Je pense qu’il est impossible de produire quoi que ce soit de valable artistiquement sans être un peu flingué – Il faut encore avoir du chaos en soi pour enfanter une étoile qui danse - ; Je pense qu’il faut regarder l’œuvre d’art, pas l’artiste - On peut être emporté par le littérateur et consterné par la bassesse du bonhomme – ; Je pense que l’art a le droit d’offenser des gens - J’en suis venu à la conclusion que je ne peux pas écrire sans offenser des gens ; - Je pense que la démocratisation des moyens d’expressions créatifs ne conduit qu’à l’« enshittification » de tout. – ; Je pense, pour finir (et j’en parlais déjà dans l’édition sur l’infinie comédie), que « Ne pas être capable ou ne pas vouloir se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre – afin de voir le monde d’une façon complètement différente de la vôtre – est le premier pas en direction de l’absence d’empathie, et c’est la raison pour laquelle tant de mouvements progressistes deviennent aussi rigides et autoritaires que les institutions qu’ils combattent. »
BEE passe au lance-flammes l’époque, l’hypocrisie de son entourage hollywoodien, la tendance croissante à la victimisation de soi qu’il considère comme une maladie qui se soigne, l’incapacité d’accepter le monde tel qu’il est et non pas tel qu’on est, de la génération Y les « dégonflés ».
Un travail cathartique probablement écrit en une nuit libéré de tout inhibition par une dose élevée de Xanax et traduit à la va-vite en français tant l’essai rompt avec sa flamboyance habituelle.
Je reviens le 27/8
Peace.
Bises
Idées remarquables et phrases choisies
L’hypocrisie est le lubrifiant qui permet à la société de fonctionner de façon agréable… » Janet Malcolm
Et je n’ai jamais succombé à la tentation de donner au public ce que je croyais qu’il aurait peut-être voulu : j’étais le public et j’écrivais pour me faire plaisir et me soulager de la douleur.
Ce n’était qu’un fait, tout comme la notion de grand film de studio américain ou de grand groupe américain recouvrait désormais une expérience plus réduite, plus étroite. Tout a été dégradé par ce que la surcharge sensorielle et la prétendue technologie du libre choix nous ont apporté, bref, par la démocratisation des arts.
Dans un avant-propos non publié de son autobiographie de 1964, Charlie Chaplin écrit : « Dans ce récit, je ne dirai que ce que je veux dire, puisqu’il existe une ligne de démarcation entre soi et le public. Il est des choses qui, si elles étaient divulguées, me laisseraient sans rien pour maintenir ensemble mon corps et mon âme, et ma personnalité disparaîtrait comme les eaux des rivières qui se jettent dans la mer.
Et pourtant cette abondance a changé ma relation à la nudité et à la pornographie : elle en a fait un lieu commun, une chose moins excitante, en quelque sorte, de la même manière que commander un livre sur Amazon était moins excitant que de marcher jusqu’à une librairie et de chercher pendant une heure, ou d’acheter des chaussures en ligne plutôt que d’aller dans une galerie marchande et d’essayer une paire de Topsiders et d’avoir un échange avec le vendeur, ou encore d’acheter un disque à Tower, ou bien de faire la queue pour un film. Ce refroidissement de l’excitation à tous les niveaux de la culture a à voir avec la notion, qui disparaît, d’investissement.
Froideur, indifférence, éloignement, distance, austérité, minimalisme : ce sont les mots qui peuvent s’appliquer au style des plus grands réalisateurs, ceux qui opèrent avec la neutralité de l’œil de Dieu.
Bien qu’il soit agréable de se sentir vertueux, il convient de se demander si se sentir vertueux et être vertueux sont en fait la même chose.
Soit dit en passant –, mais ce n’est pas parce que je suis gay. Je pense que la vie est essentiellement dure, une lutte pour chacun à des degrés variables, et qu’avoir un humour dévastateur, se mobiliser contre ses absurdités inhérentes, briser les conventions, mal se conduire, inciter à la transgression de je ne sais quel tabou, est la voie la plus honnête sur laquelle avancer dans le monde.
Quand chacun prétend être un spécialiste, avec une voix qui mérite d’être entendue, cela rend en réalité la voix de chaque personne moins significative.
Je voulais être anéanti par la cruauté de la vision du monde, que ce soit celle de Shakespeare, de Scorsese, de Joan Didion ou de Dennis Cooper. Et tout cela avait un effet profond. Cela me procurait de l’empathie. Cela m’aidait à comprendre que le monde existait au-delà du mien, avec d’autres points de vue, contextes et inclinations, et je n’ai aucun doute concernant le fait que cela m’a aidé à devenir adulte. Cela m’a poussé loin du narcissisme de l’enfance et vers les mystères du monde – l’inexpliqué, le tabou, l’autre – et m’a rapproché d’un lieu de compréhension et d’acceptation.
« De nombreuses discussions – certaines réelles, nombre d’entre elles artificielles – ont flotté dans l’air au cours de la dernière décennie concernant l’“autre”, les gens différents de nous. Mais personne ne s’est attardé sur l’altérité essentielle qu’est une œuvre d’art. Il existe, après tout, cette expression rebattue, mais profonde, d’une suspension volontaire de toute croyance. L’art véritable vous oblige à mettre en jeu votre crédulité sur ce qui est manifestement une contrefaçon. Cela vous prend par surprise. Et pour que l’art vous prenne par surprise, vous devez vous exposer au pouvoir d’un autre monde – l’œuvre d’art – et au pouvoir d’une autre personne – l’artiste. Cependant, dans notre société tellement saturée par les impératifs économiques, tout nous enjoint de ne pas nous livrer à nos intérêts, ne serait-ce qu’un instant, nous dit que les seules formes d’expression culturelle auxquelles nous pouvons faire confiance sont celles qui nous procurent une gratification instantanée, une information utile ou une image reflétée de nous-mêmes. Nous sommes donc inondés par le genre d’art qui réprouve l’attention, ne traite que des affaires du jour et coïncide avec nos personnalités. »
Ne pas être capable ou ne pas vouloir se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre – afin de voir le monde d’une façon complètement différente de la vôtre – est le premier pas en direction de l’absence d’empathie, et c’est la raison pour laquelle tant de mouvements progressistes deviennent aussi rigides et autoritaires que les institutions qu’ils combattent.
Riez de tout ou vous finirez par ne plus rire de rien. Jeune écrivain en Irlande, James Joyce l’avait compris : « J’en suis venu à la conclusion que je ne peux pas écrire sans offenser des gens. »
À la différence des générations précédentes, la Génération dégonflée disposait de tant de médias pour exhiber ce qu’elle voulait que cela sortait souvent – sans retenue, sans corrections – partout, instantanément, globalement ; et du fait de cette liberté (ou de l’absence de retenue totale), cela faisait l’effet, la plupart du temps, d’être bâclé et un peu merdique, mais c’était OK. C’était juste la nature du monde désormais pour chacun, pour tous
Cette vaste épidémie de la victimisation de soi – qui vous pousse à vous définir vous-même essentiellement par le biais d’une chose mauvaise, un traumatisme qui a eu lieu dans le passé et que vous avez laissé vous définir – est en réalité une maladie.
Romantique par comparaison, je n’ai jamais vraiment cru que la politique pouvait pénétrer au cœur sombre des problèmes de l’humanité et dans l’imbroglio de notre sexualité, ou qu’un sparadrap bureaucratique pourrait cicatriser les profondes dissensions, les contradictions et la cruauté, la passion et la fraude qui constituent le fait d’être humain.
Comme pour tous les grands écrivains, le style était le point qui vous permettait de décider du sens de son œuvre.
J’admire chez David Foster Wallace l’ambition et le talent, et le goût fertile pour l’expérimentation littéraire, même si je pense qu’il était, pour l’essentiel, un imposteur en tant qu’artiste, dont la personnalité fourbe trompait sur sa complexité réelle (voir, par exemple, sa remarque : « Le don que nous fait le sida réside dans le bruyant rappel que rien n’est jamais normal en ce qui concerne le sexe » – une phrase que j’aurais adoré voir prononcée sincèrement par le chiot David créé par Jason Segal). C’est l’abstraction réécrite de ce qu’est devenu Wallace – mal comprise par une génération de fans qui voit en lui un orateur branché pour conférences de motivation et, de façon plus sérieuse, une victime – qui est le problème central : le déguisement d’un homme réel en une figure qui ne dérange pas la plupart d’entre eux, une figure qu’ils préfèrent, en réalité.
Quand j’entends une objection contre le regard masculin – espérant qu’il… quoi ? disparaisse, soit détourné, soit contrôlé –, je pense automatiquement : les gens sont-ils à ce point bercés d’illusions ou dérangés, ou bien n’ont-ils pas eu un seul rendez-vous amoureux au cours des dix dernières années ?
« Regardez l’art, pas l’artiste. » La première fois que j’ai entendu cette phrase, c’était dans une interview de Bruce Springsteen,
« L’amour, c’est bien, mais la haine, c’est bien aussi », écrivait David Shields dans son manifeste How Literature Saved My Life et, dans ces premiers jours, c’était comme ça que je me servais de Twitter,
la crise de la quarantaine étant le moment dans la vie d’un homme où il comprend qu’il ne peut plus – qu’il ne pourra plus – maintenir un jour de plus la pose qu’il croyait qu’on exigeait de lui.
