Kessel

Planneur Romantique #18

La possibilité d'un PPT : Bregman, Rutger. Humanité. Une histoire optimiste « L’école est l’agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est”

La possibilité d'un PPT
2 min ⋅ 07/02/2024

“Moquez-vous de la publicité si vous voulez, mais sachez qu'avant de devenir un truc que vous honnissez, un mec comme moi a glissé dans un PPT une phrase de l'un de vos auteurs préférés.”

Le monde se sépare en deux, ceux qui pensent que l’homme est bon de base mais perverti par la société (Rousseau) et ceux qui pensent l’inverse (Hobbes).
Joan Didion écrit quelque part “l'absurdité qu'il y a du point de vue historique à grandir convaincu que le cœur des ténèbres ne réside pas dans une mauvaise organisation sociale mais dans le sang même des hommes. Si l'homme était voué à errer, alors toute organisation sociale était vouée à rester dans l'erreur. C'est une équation qui me parait toujours assez juste, mais qui nous a très tôt privés d'une certaine aptitude à l'étonnement.”
Je suis plutôt team Didion.

Humanité est une vision positive de l’homme, plutôt rousseautiste donc.
Une version un peu gnan gnan des gens certes mais qui délivre de nombreux concepts sociologiques pouvant être utiles dans un de vos PPTS comme : l’heuristique de disponibilité, des punchlines comme : « Les informations sont à notre esprit ce que le sucre est à notre corps” et des informations comme la solitude représente l’équivalent de fumer 15 clopes / jour.



Nous souffrons d’un autre biais cognitif, l’heuristique de disponibilité. Si nous pouvons facilement nous représenter une chose, nous avons l’impression qu’elle se produit plus souvent. Ainsi, le fait que nous soyons bombardés de récits atroces de crashs aériens, de rapts d’enfants et de décapitations – des récits qui ont tendance à nous marquer – conduit vite à distordre notre vision du monde. « Nous ne sommes pas assez rationnels pour être exposés à une presse colporteuse d’informations », relève le statisticien Nassim Nicholas Taleb.
« Les informations sont à notre esprit ce que le sucre est à notre corps”
Dans un coin, Hobbes, le pessimiste qui croyait que l’homme était naturellement mauvais. Seule la civilisation, pensait-il, pouvait nous sauver de nos instincts bestiaux. En face, Rousseau, l’homme qui était convaincu qu’au fond nous étions profondément bons. Il pensait que la « civilisation » nous avait abîmés.

Dans presque toutes les capacités cognitives, les chimpanzés et les orangs-outans réussissent aussi bien que des enfants de deux ans et demi. Mais lorsqu’il s’agit d’apprendre par l’observation d’autrui, les bambins sont champions hors catégorie. La plupart obtiennent un score de 100 %, alors que la plupart des singes plafonnent à 0 %.

Si une carence de contacts interpersonnels est comparable au fait de fumer quinze cigarettes par jour ? Et si avoir un animal de compagnie peut réduire les symptômes d’une dépression ? Les êtres humains aspirent ardemment à jouer et à être ensemble.

« Dans cette guerre, on eût dit que c’était toujours à qui manquerait l’autre, dès que c’était humainement possible », nota George Orwell”

Il en ressort que seuls 13 à 18 % des soldats font usage de leur arme à feu, un pourcentage assez proche des estimations de Marshall.

Je repense souvent aux paroles d’un politicien chinois interrogé dans les années 1970 sur les conséquences de la Révolution française de 1789. « Il est un peu trop tôt pour le dire63 », aurait-il répondu. Peut-être cela s’applique-t-il aussi à la civilisation. Est-ce une bonne idée ? Trop tôt pour le dire.

Hélas, les conclusions simplistes de Stanley Milgram (l’être humain se laisse entraîner de manière irréfléchie par le mal) ont été mieux retenues que la philosophie raffinée de Hannah Arendt (l’être humain se laisse séduire par le mal qui prend le visage du bien). Il faut dire que Milgram était un fantastique metteur en scène, avec un sens aigu du drame et un flair infaillible pour ce qui marche à la télévision.

Notre monde est tissé d’effets Pygmalion et d’effets Golem. Chaque jour, nous nous rendons les uns les autres plus intelligents ou plus bêtes, plus forts ou plus faibles, plus vifs ou plus lents.
l’imiter. Les êtres humains sont décidément des êtres miroirs.

l’« ignorance pluraliste ». Individuellement, les étudiants trouvaient le discours d’Ariely incompréhensible. Mais ils voyaient leurs camarades écouter attentivement, et en concluaient que cela tenait à eux. (Ceux de mes lecteurs et lectrices qui assistent parfois à des conférences où les interventions portent, par exemple, sur « la concrétion disruptive dans la société de réseaux » se reconnaîtront certainement dans cette attitude.)
Il est plus facile de rendre compliquées des choses simples que de rendre simples des choses compliquées. Et il se trouve que les dirigeants aiment bien rendre les choses compliquées.

il n’y a rien de plus puissant que des gens qui font ce qu’ils font parce qu’ils ont envie le faire.
Plus significatif encore, il n’existe aucune espèce chez laquelle l’enfance dure aussi longtemps que chez l’Homo mignon. Jouer, écrivait déjà l’historien Johan Huizinga en 1938, donne du sens à la vie. Il nous a donné le nom d’Homo ludens : l’homme qui joue. Tout ce que nous appelons « culture », selon Huizinga, vient du jeu.
”Mieux vaut une jambe cassée qu’un esprit brisé”

Le philosophe Ivan Illich l’écrivait déjà, il y a des années de cela : « L’école est l’agence de publicité qui nous fait croire que nous avons besoin de la société telle qu’elle est”

une seule expérience négative (une altercation, un regard de travers) était ressentie plus fortement qu’un bon mot ou une main tendue.
Le mal est plus puissant, mais le bien est plus répandu.

La possibilité d'un PPT

Par Emmanuel Quéré