C’est quoi l’idée ?
Celui qui lit, aura vécu 5000 ans ; la lecture est une immortalité en sens inverse ; la littérature et la vie c’est pareil. Le métier de planneur stratégique en agence de publicité consiste à connaître les gens ; à vivre d’autres vies que la sienne.
Je suis payé pour vendre des idées, souvent celles des autres, la forme étant le fond qui remonte à la surface elles doivent être bien troussées et présentées non pas comme une découverte mais comme la redécouverte de celles d’illustres individus avant nous.
Rien n’est de moi dans les lignes précédentes, lire sert à ça, à copier et à coller.
Avant, il faut collecter et c’est ce que je fais, chaque lundi à 13h45 dans cette newsletter ; pour mieux les retrouver au besoin.
Moquez-vous de la publicité si vous voulez, mais sachez qu'avant de devenir un truc que vous honnissez, un mec comme moi a glissé dans un PPT une phrase de l'un de vos auteurs préférés.”
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
La personne qui m’a tout appris dans la publicité m’appelait Martin Eden.
Un “Martin Eden” est ce que l’on appelle aujourd’hui un transfuge de classe.
Martin Eden est un jeune homme qui à défaut d’éducation a, à seulement 22 ans, déjà bien vécu.
Il tombe amoureux d’une bourgeoise et pour gagner son coeur, cherche par tous les moyens à gagner en intelligence. Mais sur la route confond intelligence et éducation.
Il gagne en compréhension du monde mais le monde qu’il veut conquérir ne le comprend pas.
Martin Eden ne comprend pas que tout ce qui compte est la fiction ou le narratif du moment.
“L’homme ne peut jamais atteindre à l’ultime vérité”.
“Jusqu’à présent j’ignorais la signification de la beauté. Elle s’imposait à moi, voilà tout, sans rime ni raison.” Maintenant il ne cesse de la disséquer pour y trouver une formule, un sens ésotérique.
Il est comme le garçon dans le conte d'Andersen la reine des neiges, en comprenant le mécanisme du monde il devient dur et froid, désenchanté.
Le vent tourne et tout ce qu’il a écrit contre le vent devient succès, il est le maitre du narratif du moment et riche “La vérité n’est qu’un mirage.”
Idéaliste, il tourne le dos aux bourgeois qui l’ont méprisé avant de l’aduler.
Trop de livres entre ses anciens amis et lui les séparaient “Il avait voyagé si loin au pays de l’intelligence qu’il ne pouvait plus revenir en arrière.”
Que retenir alors ? J’aime bien cette phrase que je pense assez juste.
“Il ne faut être esclave que de la beauté.
Ce n’est pas dans le succès d’une œuvre qu’on trouve sa joie, mais dans le fait de l’écrire.”
PS : Au moment où j’écris ces lignes, un article du Monde va à la rencontre des fans éplorées de Nicolas Mathieu. L’écrivain pour CSP- qui depuis des années raconte sa vie de père Lorrain divorcé, nous montre des photos “sans filtres et touchantes” de sa grand-mère en Ephad, d’autres, très peuple, à des matches de hockey de 12e div et qui en fait, patatras, vit en fait en couple avec une princesse Monégasque.
T’es vraiment un prince Mathieu, le Martin Eden qui a réussi.
Respect.
Idées remarquables et phrases choisies pour vos PPTs.
Elle était pure et son sens de la propreté morale se révoltait – mais elle était femme et elle commençait à apprendre les paradoxes de la femme.
Devant ses dangers quotidiens et sa constante gaieté, la vie n’était plus un effort et une contrainte ; elle devenait un jouet fait pour s’amuser.
Elle recherchait ardemment une bouffée de bonheur pour égayer sa triste existence et n’avait devant elle d’autre alternative qu’une lamentable éternité de travail, ou le sombre gouffre d’une misère plus terrible encore, qui payait mieux mais tuait plus vite.
Comme tous les esprits limités qui ne savent reconnaître de limites que chez les autres, elle jugea que ses propres conceptions de la vie étaient vraiment très vastes, que les divergences de vues qui les séparaient l’un de l’autre marquaient les limites de l’horizon de Martin et rêva de l’aider à voir comme elle, d’agrandir son esprit à la mesure du sien.
Elle avait une de ces mentalités comme il y en a tant, qui sont persuadées que leurs croyances, leurs sentiments et leurs opinions sont les seules bonnes et que les gens qui pensent différemment ne sont que des malheureux dignes de pitié. Jusqu’à présent j’ignorais la signification de la beauté. Elle s’imposait à moi, voilà tout, sans rime ni raison.
L’amour habite les hauts sommets, bien au-dessus des froides vallées de la raison et celui qui cueille cette fleur rare ne peut plus descendre parmi les humains tant qu’elle n’est pas fanée.
Les professeurs avaient raison, parce qu’ils avaient réussi. Martin avait tort parce qu’il échouait.
Et, bien qu’il disséquât la beauté pour en découvrir les principes ésotériques, il restait toujours convaincu que l’essence même de cette beauté est impénétrable. Il savait parfaitement, d’après son Spencer, que nul ne peut atteindre l’absolue connaissance et que le mystère inhérent à la beauté ne le cède en rien à celui de la vie même.Pourquoi les hommes et les femmes se réunissent-ils, sinon pour échanger ce qu’ils ont de mieux en eux-mêmes ? Et ce qu’ils ont de mieux, c’est ce qui les intéresse, leur spécialité, leur raison de vivre, ce qui les fait réfléchir et rêver.
La vie est si courte que je veux obtenir de tout être, le meilleur de ce qu’il peut donner.
Quant à moi, je ne me préoccupe jamais de savoir si j’ai raison ou non. Cela n’a aucune importance. L’homme ne peut jamais atteindre à l’ultime vérité.
Il ne faut être esclave que de la beauté. Servez-la et envoyez au diable la foule imbécile.
Ce n’est pas dans le succès d’une œuvre qu’on trouve sa joie, mais dans le fait de l’écrire.
Quelque chose en moi s’est éteint. Je n’ai jamais eu peur de la vie, mais je n’aurais jamais cru pouvoir être blasé de la vie. La vie m’a tellement saturé d’émotions, que je suis vidé de tout désir. Tout le désappointait : il était devenu un étranger. De même que la bière lui semblait râpeuse, leur société lui semblait grossière. Il avait trop évolué. Trop de livres ouverts les séparaient. Il avait voyagé si loin au pays de l’intelligence qu’il ne pouvait plus revenir en arrière.
Il se rappela l’une des plus folles affirmations de Nietzsche, celle de la non-existence de la vérité. Qui sait ? peut-être Nietzsche avait-il raison ? Peut-être la vérité n’est-elle qu’un mirage…
