“Moquez-vous de la publicité si vous voulez, mais sachez qu'avant de devenir un truc que vous honnissez, un mec comme moi a glissé dans un PPT une phrase de l'un de vos auteurs préférés.”
Il y a beaucoup de choses à dire sur Le banquet des Empouses d’Olga Tokarczuk.
Déjà que c’est une version féministe (et d’épouvante naturopathique) de la Montagne Magique de Thomas Mann. A travers les personnages, tous masculins, ce sont les considérations misogynes de Kerouac, Racine, Freud, Conrad etc. qui s’expriment et se périment instantanément.
(La liste complète des auteurs cités se trouve à la fin)
Aussi, que c’est incroyablement bien écrit comme une bonne chanson Country ; au hasard Bobby McGee. “Il pose sa valise sur le sol aux carreaux usés pour mettre des gants chauds. Aussitôt, le droit, formant comme un cornet, se porte à la bouche pour y accueillir des quintes de toux brèves et sèches.”
Avez-vous déjà lu plus belle façon de tousser ?
Plus intimement, je me souviens très bien du jour où moi, que l’on surnomme ManQ, ai lu, d’un certain “Man K” cette phrase “Nous ne voyons pas le monde tel qu'il est mais tel que nous sommes”.
La somme de nos expériences (échecs, succès, peur, fantasme, trauma etc.) crée un voile qui fausse notre vision du monde, on voit le monde tel qu’on est et pas tel qu’il est (je me répète mais je préfère le dire comme ça même si ce n’est pas la phrase exacte).
L’idée centrale de ce roman a une puissance similaire et que je résumerai en : La source de notre malheur est qu’on se voit comme le monde nous voit.
Je l’écris comme ça pour faire un peu Man K mais elle, préfère la formule suivante : Ce qui était « intérieur » se revêtait de ce qui était « extérieur », et dès lors était ainsi perçu par le monde.
Ma fille de 7 ans et demi, elle, dirait : “SI ! le regard des autres compte!”
Il y a un chapitre qui s’appelle “Le point de moindre résistance” (et qui est presque copié / collé ci-après) et que je serais presque tenté de placer à côté de celui “du grand inquisiteur” dans les Frères Karamazov.
A vos PPTs.
Il aurait même accepté d'être naïf, puisque la naïveté se révélait un atout : elle vous entraînait toujours vers des endroits inattendus, dans les ruelles cachées de la vie, où l'on pouvait vivre des transformations inopinées, voire violents.
Car il y avait indéniablement une intériorité et une extériorité. Ce qui était « intérieur » se revêtait de ce qui était « extérieur », et dès lors était ainsi perçu par le monde. Comment se faisait-il que l'« intériorité » pouvait se sentir tellement inconfortable dans l'« extériorité »
Ainsi se meuvent les personnes qui, pour être nées avec un manque d'assurance, à force d'un travail soutenu, ne se sont pas moins forgé la certitude d'être exceptionnelles et d'une immense valeur.
Être un homme, c'est apprendre à devenir hermétique à ce qui vous dérange. Voilà tout le secret !»
Les gens élaborent leurs fictions et adhèrent à celle qu'ils ont négociée avec eux-mêmes. Vous savez, la vérité n'est pas nécessairement que les choses doivent être soit comme ceci, soit comme cela.
Je vous invite à créer votre propre fiction. Par exemple, que c'est vous qui êtes parfait.
Toute notre vie, nous devons composer avec ce sentiment d'infériorité, le surmonter ou l'atteler au chariot de nos ambitions et de notre aspiration destructrice à la perfection.
Vous devriez traiter cette anomalie de la même manière que la petite affection que vous avez au poumon. Un élément avec lequel il faut apprendre à vivre sans lui permettre de nous détruire. Il s'agit ici de la cosmogonie du corps. Tout peut y être une anomalie, et l'instant d'après, cette anomalie peut devenir l'atout permettant de gagner la course de l'évolution. Ce n'est qu'une question de regard
Après des années en ce lieu, il a appris que chaque être humain, chaque organisme humain a son point de moindre résistance, son point le plus fragile, le fameux talon d'Achille, et c'est la loi de la perle : à l'exemple du grain de sable qui blesse l'huître et qui se voit neutralisé par la nacre et finit par constituer un bijou précieux pour nous, les lignes directrices de notre psychisme s'articulent autour de notre point le plus fragile.
Chaque anomalie, affirme Semperweiß, qui sans doute ne veut pas utiliser le mot « carence », stimule une activité psychique particulière, un développement spécifique qu'elle concentre autour d'elle. Nous sommes structurés non pas par ce qui est puissant en nous, mais par l'anomalie justement, la fragilité, ce qui n'est pas accepté.
Si vous me demandiez, jeune homme, ce qu'est l'âme, je vous dirais ceci : l'âme est ce qui en nous est le plus fragile. Dans vos symptômes, il y a votre âme.
ce qui en nous est faible nous donne de la force. C'est cette compensation permanente des faiblesses qui régit l'ensemble de notre vie. Démosthène avait un défaut de prononciation, et précisément à cause de cela il est devenu le plus prend orateur de tous les temps. Non pas malgré cela, mais précisément à cause de ça.
Se sentir validé une fois pour toutes, évalué, pour ainsi dire, estimé à sa stricte valeur, c'est le pire qui puisse nous arriver. La conséquence en est l'immobilité, alors que le sentiment d'être sous-estimé pousse toujours au mouvement. Quand une personne juge qu'elle est devenue parfaite, qu'elle s'est accomplie, elle devrait se tuer.
Sais-tu quelle est l'erreur la plus commune de l'homme en danger? Il lui semble que sa vie est à part et que la mort ne le concerne.
Il songe aussi qu'il est désagréable de loger là où quelqu'un est mort (mais y a-t-il un endroit où personne n'est jamais mort ? le monde existe déjà depuis tellement de temps).
il se met à penser. Mais pas en se projetant en avant, vers l'avenir, pour aller de l'avant. Il ne sait que penser à reculons, ses réflexions sont des souvenirs.
Je te l'ai dit: ici, le paysage tue. L'endroit est l'un des rares au monde où le paysage tue.
