Kessel

Planneur Romantique #14

La possibilité d'un PPT : Les années, Annie Ernaux & Saul Bellow : Trouve d’abord et cherche ensuite”

La possibilité d'un PPT
2 min ⋅ 22/01/2024

“Moquez-vous de la publicité si vous voulez, mais sachez qu'avant de devenir un truc que vous honnissez, un mec comme moi a glissé dans un PPT une phrase de l'un de vos auteurs préférés.”

Je n’aime pas trop les prix Nobel.

Ils m’ennuient. Ca manque souvent de baston ; d’un petit “Johniwicksaisquoi
Pourtant et par hasard j’en ai lu deux ce week-end, “Le don de Humboldt” de Saül Bellow et les années d’Annie Ernaux.
Du premier je retiendrai surtout un emprunt à Paul Valery “Trouve d’abord et cherche ensuite” qui se prête bien à ma façon de travailler.

Du second, je retiens plein de choses dont j’ai besoin dès ce matin pour deux appels d’offres - d’où le moment d’envoi encore plus inhabituel que d’habitude - et surtout plein de promts Chat GPT comme celui qui illustre cette édition : Dans les maisons de retraite défilait devant les yeux délavés des vieilles femmes le spectacle continuel de publicités pour des produits et des appareils dont elles n'avaient jamais soupçonné la nécessité et qu'elles n'avaient aucune chance d'avoir un jour.


Allez, à vos PPTs




Dans le temps d'avant raconté, il n'y avait que des guerres et la faim.
De ce temps non vécu ils garderaient le regret tenace.



On vivait dans la rareté de tout. Des objets, des images, des distractions, des explications de soi et du monde,

Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait la vitesse de la vie.

On craignait la folie parce qu'elle arrivait d'un coup, mystérieusement, aux gens normaux.

(Monter en ville, rêver, se faire jouir et attendre, résumé possible d'une adolescence en province.)

La joie du transistor était d'une espèce inconnue, celle de pouvoir être seul sans l'être, de disposer à sa guise du bruit et de la diversité du monde.

“on voulait l'aimer mais on ne trouvait pas en lui assez de secours pour vivre.”

On voulait l'aimer mais on ne trouvait pas en lui assez de secours pour vivre.

Il lui semble qu'un livre s'écrit tout seul derrière elle, juste en vivant, mais il n'y a rien.

Leur inexpérience de la consommation atten-drissait. Puis le spectacle de cette faim collective de biens matériels, sans retenue ni distinction, nous contrariait. Ils ne se montraient pas à la hauteur de la liberté, pure et abstraite, qu'on avait forgée pour eux.

À la fierté de ce que l'on fait se substituait celle de ce que l'on est, femme, gay, provincial, juif, arabe, etc.

À raison d'un pot par jour, un an n'aurait pas suffi à essayer toutes les sortes de yaourts et de desserts lactés.

Quand on ne part jamais de chez soi, n'importe quelle ville est le bout du monde


La profusion des choses cachait la rareté des idées et l'usure des croyances.

La mélancolie de voir s'éloigner un projet individuel — peindre, faire de la musique, écrire — se compensait par la satisfaction de contribuer au projet familial.

Le futur 'énonce en termes matériels précis, obtention d'un meilleur poste, promotions et acquisitions, entrée de l'enfant à la maternelle, ce ne sont pas des rêves, mais des prévisions.

c'est le passé, non l'avenir, qui est maintenant objet de désir

Il est impossible de faire quelque chose quand surgit l'inattendu, sauf attendre. Ce qui arriverait demain, on ne le savait pas et on ne cherchait pas à le savoir.

elle se demande « est-ce que je voudrais y être encore ? ». Elle a envie de dire non, mais elle sait que la question n'a pas de sens, qu'aucune question n'a de sens s'appliquant aux choses du passé.

Dans les maisons de retraite défilait devant les yeux délavés des vieilles femmes le spectacle continuel de publicités pour des produits et des appareils dont elles n'avaient jamais soupçonné la nécessité et qu'elles n'avaient aucune chance d'avoir un jour.

La possibilité d'un PPT

Par Emmanuel Quéré