Kessel

Planneur Romantique #50

La possibilité d'un PPT : Philip Roth le complot contre l'Amérique / le rabaissement.

La possibilité d'un PPT
2 min ⋅ 16/09/2024

C’est quoi l’idée ?

Celui qui lit, aura vécu 5000 ans ; la lecture est une immortalité en sens inverse ; la littérature et la vie c’est pareil. Le métier de planneur stratégique en agence de publicité consiste à connaître les gens ; à vivre d’autres vies que la sienne.

Je suis payé pour vendre des idées, souvent celles des autres, la forme étant le fond qui remonte à la surface elles doivent être bien troussées et présentées non pas comme une découverte mais comme la redécouverte de celles d’illustres individus avant nous.

Rien n’est de moi dans les lignes précédentes, lire sert à ça, à copier et à coller.
Avant, il faut collecter et c’est ce que je fais, chaque lundi à 13h45 dans cette newsletter ; pour mieux les retrouver au besoin.


Père ManQ, raconte-nous une histoire.

Le Complot contre l’Amérique est une uchronie de Philip Roth. En 1940, Charles Lindbergh, pionnier de l’aviation et sympathisant nazi notoire, est élu président des États-Unis. Deux vérités historiques auxquelles s’ajoute une troisième, qui devient la clé du roman. En 1932, son bébé de 20 mois est enlevé et ne sera jamais retrouvé. Dans le roman, c’est cet événement qui lui confère le capital sympathie nécessaire pour se faire élire et c’est aussi — méga spoiler — la raison de son affiliation avec les nazis. Hitler détiendrait son fils afin de le manipuler et d’empêcher l’entrée en guerre des États-Unis.

J’ai écrit ce texte le 15 juillet dernier, après le premier attentat contre Trump, en pensant surfer sur le contexte pour recruter des millions d’abonnés payants. Mais j’ai dû faire une erreur dans les réglages et cette newsletter est restée dans les brouillons.

Les dieux de la newsletter, dans leur grande mansuétude, m’ont offert un second attentat contre Trump en guise de seconde chance.

God Bless The USA.


C’est aussi l’occasion de vous conseiller le podcast États-Unis, anatomie d’une démocratie, qui, dans l’épisode 3, fait d’ailleurs référence au Complot contre l’Amérique et aide à comprendre ce pays où la guerre civile ne s’est jamais vraiment arrêtée.

En première partie du Complot, je vous propose quelques phrases notées dans Le Rabaissement du même auteur.



Idées remarquables et phrases choisies

Le rabaissement

Autrefois, quand il jouait, il ne pensait à rien. Ce qu’il faisait bien, c’était par instinct. Maintenant il pensait à tout, et cela tuait toute spontanéité, toute vitalité.

 

Une vieille blague racontait qu’un certain acteur buvait toujours avant d’entrer en scène, et quand on l’avait mis en garde : « Tu ne devrais pas boire », il avait répondu : « Quoi, monter sur les planches tout seul ! »

 

Le suicide, leur dit-il, c’est le rôle que vous vous écrivez pour vous-même. Vous l’habitez, et vous le jouez. Tout est mis en scène avec soin – où on vous trouvera, et comment on vous trouvera. » Puis il ajouta : « Mais il n’y aura qu’une représentation. »

 

John Gielgud disait qu’il y avait des jours où il aurait voulu être comme un peintre ou un écrivain. Alors il aurait pu rattraper la mauvaise représentation qu’il venait de donner, l’effacer à minuit et la refaire.

 

« Bon, d’accord, j’ai un minimum de talent, ou du moins je sais imiter quelqu’un qui a du talent. »

 

Au cinéma, les gens passent leur temps à tuer, mais la raison pour laquelle on fait ces films, c’est que 99,9 % des spectateurs sont incapables de passer à l’acte. Et si c’est difficile de tuer quelqu’un, quelqu’un que vous avez toutes les raisons du monde de vouloir détruire, imaginez la difficulté de réussir à se tuer soi-même.

 

 

Le Complot Contre L’Amérique

 

il citait souvent Theodore Roosevelt et son dernier message à la nation : « Il n’y a pas de double allégeance ici. Tout homme qui se dit américain, mais aussi autre chose, n’a rien d’américain. Nous n’avons place que pour un seul drapeau, le drapeau américain. »

 

« Il sait tout, cet enfoiré phraseur. Dommage qu’il sache rien d’autre. »

 

Un type se retire des affaires à quarante-cinq ans, avec cinq millions de dollars. Cinq millions en banque, ça vaut des milliards.

 

C’est un tournant, dans une enfance, le jour où les larmes de quelqu’un d’autre vous paraissent plus insupportables que les vôtres.

 

L’imprévu était ce que nous, les écoliers, étudiions sous le nom d’« histoire », cette histoire bénigne, où tout ce qui était inattendu en son temps devenait inévitable dans la chronologie de la page. La terreur de l’imprévu, voilà ce qu’occulte la science de l’histoire, qui fait d’un désastre une épopée.

 

Et soir après soir, je m’endormais dans l’enchantement du magnifique but tout neuf que j’avais trouvé à ma vie de gosse de huit ans : y échapper.

 

J’étais si faible et si prostré que le médecin de famille passait tous les soirs surveiller l’évolution de mon état, dans cette maladie infantile banale, qu’on appelle pourquoi-c’est-plus-comme-avant.

 

C’est si déchirant, la violence, dans une maison ; c’est comme de voir des vêtements accrochés dans les arbres après une explosion. On peut se préparer à l’image de la mort, mais pas à celle des vêtements dans l’arbre.

 

 

La possibilité d'un PPT

Par Emmanuel Quéré