Kessel

Planneur Romantique #6

La possibilité d'un PPT : Le matin des magiciens de Louis Pauwels et Jacques Bergier

La possibilité d'un PPT
3 min ⋅ 18/12/2023

“Moquez-vous de la publicité si vous voulez, mais sachez qu'avant de devenir un truc que vous honnissez, un mec comme moi a glissé dans un PPT une phrase de l'un de vos auteurs préférés.”

Cinquième édition avec Le Matin des magiciens (première partie), ouvrage hallucinant et halluciné (toujours eu envie d’écrire ça, aucune idée de ce que ça veut dire) de deux érudits qui doutent de ce qui est admis et proposent d’autres versions du réel. Une saine provocation absurde en 1960 qui aujourd’hui serait taxée de complotisme.

Dans ces extraits, il a des choses fausses mais aussi beaucoup de vraies.

« Le voyageur qui remonte la Seine en bateau sait d'avance les ponts qu'il rencontrera. Il n'en est pas moins libre de ses action, il n'en est pas moins capable de prévoir ce qui pourra venir par la traverse?

Quant à la sociologie européenne, elle demeure strictement provinciale, toute l'intelligence fixée sur des débats de clochers. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que les âmes sensibles se réfugient dans le catastrophisme.

Cette philosophie qui paraît à la fois sinistre et profonde, est plus facile à manier que les lourds et délicats instruments de l'analyse du réel. Elle est une passagère maladie de la pensée chez les civilisés qui n'ont pas adapté leur héritage de notions (liberté individuelle, personne humaine, bonheur, etc.) au déplacement de buts de la civilisation en devenir.

Elle est une fatigue nerveuse de l'esprit, au moment où cet esprit, aux prises avec ses propres conquêtes, doit, non pas périr, mais changer de structure. Après tout, ce n'est pas la première fois dans l'histoire de l'humanité que la conscience doit passer d'un plan à un autre.

Toute forge est douloureuse. S'il y a un avenir, il mérite d'être examiné. Et, dans ce présent accéléré, ce n'est pas par référence au proche passé que la réflexion doit se faire. Notre proche futur est aussi différent de ce que nous venons de connaître, que le xix° siècle l'était de la civilisation Mava. C'est donc par d'incessantes projections dans les plus grandes dimensions du temps et de l'espace qu'il nous faut procéder, et nullement par comparaisons minuscules dans une infinie fraction, où le passé récemment vécu n'a aucune des propriétés de l'avenir, et où le présent est à peine incarné qu'il s'engloutit dans cet inutilisable passé.

La première idée vraiment féconde est qu'il y a déplacement de buts. Un chevalier des croisades, de retour parmi nous, demanderait aussitôt pourquoi l'on n'utilise pas la bombe atomique contre les Infidèles.

De cœur ferme et d'intelligence ouverte, il serait finalement moins déconcerté par nos techniques que par le fait que les Infidèles tiennent encore la moitié du Saint-Sépulcre, l'autre étant d'ailleurs entre les mains des juifs. Ce qu'il aurait le plus de mal à comprendre, c'est une civilisation riche et puissante, dont la richesse et la puissance ne sont pas explicitement consacrées au service et à la gloire de Jésus.

“Il n'y a de nouveau que ce qui est oublié. "

La connaissance est comme la civilisation, une conjuration. On rejet est, comme la civilisation, une conjuration. On reine quantité de faits parce qu'ils dérangeraient les raisonnements établis. Nous vivons sous un régime d'inquisition où l'arme la plus fréquemment employée contre la réalité non conforme est le mépris accompagné de rires. Qu'est-ce que la connaissance, dans de telle conditions ? « Dans la topographie de l'intelligence, on pourrait, dit Fort, définir la connaissance comme l'ignorance enveloppée de rires.

« Par beauté, je désignerai ce qui semble complet. L'incomplet ou le mutilé est totalement laid. La Vénus de Milo. Un enfant la trouverait laide. Si un esprit pur l'imagine complète, elle deviendra belle. Une main conçue en tant que main peut sembler belle. Abandonnée sur un champ de bataille, elle ne l'est plus. Mais tout ce qui nous entoure est une partie de quelque chose, elle-même partie d'une autre : en ce monde, il n'est rien de beau, seules les apparences sont intermédiaires entre la beauté et la laideur. Seule est complète l'universalité, seul est beau le complet. »

Le progrès n'est pas de renforcer les parenthèses, mais de multiplier les traits d'union.

L'Allemagne ne s'est séparée du reste du monde qu'à partir de 1933. En douze ans, l'évolution technique du Reich prit des chemins singulièrement divergents. Si les Allemands étaient en retard dans le domaine de la bombe atomique, ils avaient mis au point des fusées géantes sans équivalent en Amérique et en Russie. S'ils ignoraient le radar, ils avaient réalisé des détecteurs à rayons infra-rouges, tout aussi efficaces. S'ils n'avaient pas inventé les silicones, ils avaient développé une chimie organique toute nouvelle !

Derrière ces radicales différences en matière de technique, des différences philosophiques encore plus stupéfiantes... Ils avaient rejeté la relativité et en partie négligé la théorie des quanta.

Leur cosmogonie eût ahuri les astrophysiciens alliés : c'était la thèse de la glace éternelle, selon laquelle planètes et étoiles étaient des blocs de glace flottant dans l'espace ?

Si de tels abîmes ont pu se creuser en douze années, dans notre monde moderne, en dépit des échanges et communications, que penser des civilisations telles qu'elles ont pu se développer dans le passé ?

Dans quelle mesure nos archéologues sont-ils qualifiés pour juger de l'état des sciences, des techniques, de la philosophie, de la connaissance chez les Mayas ou chez les Khmers ?

Voyez Edison, Tesla, Armstrong. Un demon les conduit. Werner von Braun essaie ses fusées sur les Londoniens, en massacre des milliers pour être finalement arrêté par la Gestapo parce qu'il avait déclaré: « Après tout, je me fous de la victoire de Allemagne, c'est la conquête de la Lune qu'il me faut!! »

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La possibilité d'un PPT

Par Emmanuel Quéré