Père ManQ, raconte-nous une histoire.
Le rôle du planner stratégique est d’identifier la ou les causes d’une conséquence (baisse des ventes, mauvaisE image etc.). Le piège est, par manque d’expérience de vie - et des vies autres que la sienne - souvent, par conviction idéologique parfois, par volonté de nuire rarement, de sauter sur la première causalité venue et de décider que “Voilà la cause !”.
Depuis hier c’est casse boites et fête foraine niveau causalité foireuse. Notamment dans notre industrie.
C’est un métier exigeant qui impose une certaine rigueur, une réelle sincérité professionnelle et un minimum de culture pour pouvoir prendre le recul nécessaire.
J’ai sélectionné quelques passages de Guerre et Paix que certains confrères et consoeurs feraient bien de relire.
Peace.
La corrélation des causes est incompréhensible pour l’esprit humain, mais le besoin de s’en rendre compte est inné dans le cœur de l’homme. Celui qui n’approfondit pas la raison d’être des événements s’empare de la première coïncidence qui le frappe pour s’écrier : « Voilà la cause ! ».
Pourquoi une pomme tombe-t-elle quand elle est mûre ? Est-ce son poids qui l’entraîne ? Est-ce la queue du fruit qui meurt ?
Est-ce le soleil qui la dessèche ?
Est-ce le vent qui la détache, ou bien est-ce tout simplement que le gamin qui est au pied de l’arbre a une envie démesurée de la manger ?
Prise à part, aucune de ces raisons n’est la bonne. La chute de cette pomme est la résultante obligée de toutes les causes qui produisent l’acte le plus minime de la vie organique.
Par conséquent le botaniste qui attribuera la chute de ce fruit à la décomposition du tissu cellulaire aura tout aussi raison que l’enfant qui l’attribuera à son désir de la croquer à belles dents et à la réalisation de son désir.
si Napoléon ne s’était point offensé de ce qu’on exigeait de lui, si l’Angleterre et le duc dépossédé n’avaient pas intrigué, si l’Empereur Alexandre n’avait pas été profondément froissé, si la Russie n’avait pas été gouvernée par un pouvoir autocratique, si les raisons qui ont amené la révolution française, la dictature et l’Empire n’avaient point existé, il n’y aurait pas eu de guerre ; mais, de même aussi, qu’une de ces causes vînt à manquer, et rien de ce qui est arrivé n’aurait eu lieu !
C’est donc de leur ensemble, et non de l’une d’elles en particulier, que les événements ont été la conséquence fatale : ILS SE SONT ACCOMPLIS PARCE QU’ILS DEVAIENT S’ACCOMPLIR, et il arriva ainsi que des millions d’hommes, répudiant tout bon sens et tout sentiment humain, se mirent en marche de l’Ouest vers l’Est pour aller massacrer leurs semblables, comme, quelques siècles auparavant, des hordes innombrables s’étaient précipitées de l’Est vers l’Ouest, en tuant tout sur leur passage !
Le fatalisme est inévitable dans l’histoire si l’on veut en comprendre les manifestations illogiques, ou, du moins celles dont nous n’entrevoyons pas le sens et dont l’illogisme grandit à nos yeux, à mesure que nous nous efforçons de nous en rendre compte.
