C’est quoi l’idée ?
Celui qui lit, aura vécu 5000 ans ; la lecture est une immortalité en sens inverse ; la littérature et la vie c’est pareil. Le métier de planneur stratégique en agence de publicité consiste à connaître les gens ; à vivre d’autres vies que la sienne.
Je suis payé pour vendre des idées, souvent celles des autres, la forme étant le fond qui remonte à la surface elles doivent être bien troussées et présentées non pas comme une découverte mais comme la redécouverte de celles d’illustres individus avant nous.
Rien n’est de moi dans les lignes précédentes, lire sert à ça, à copier et à coller.
Avant, il faut collecter et c’est ce que je fais, chaque lundi à 13h45 dans cette newsletter ; pour mieux les retrouver au besoin.
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
Mon ami et mentor Walthère, dont je parle souvent et qui bien plus souvent, parle à travers moi, celui qui m’a tout appris dans la publicité (il a commencé avec Philippe Michel - qui était très méchant - chez CLM, ère pré-purpose branling pour les plus jeunes) m’a une fois raconté une drôle d’histoire.
Quand il sortait dans le grand monde dans les années 90 (genre le Palace, Les Bains Douche ou chez Castel) les gens le prenaient souvent pour Laurent Chalumeau. Cette anecdote, il me l’a racontée plusieurs fois (il a commencé chez CLM hein…) et je voyais naitre sur son visage un début de fierté qui s’effondrait aussitôt devant la non réaction du mien.
Ce qui me permet de caler une première idée intéressante d’un Bonheur Parfait de Salter.
il m'arrive parfois de penser que la seule et véritable éducation est dispensée par une unique personne. C'est comme la naissance: on reçoit tout d'une seule source parfaite.
Rédacteur à Rock&Folk dans les grandes années, ghostwriter d’Antoine De Caunes et José Garcia à Nulle Part Ailleurs, de temps en temps écrivain et récemment chroniqueur dans l’émission Le Masque et la plume.
Il parle bizarrement Laurent, c’est pas un homme mais un article de magazine Rock snob qui s’exprime. Il dit des phrases qui ne devrait exister qu’à l’écrit, utilise un vocabulaire qui force sur le vernaculaire.
(Je vous invite fortement à écouter les 3 épisodes de Bookmakers qui lui sont consacrés.)
Dans ce podcast Bookmaker, il place comme absolus littéraires deux livres.
Les Années d’Annie Ernaux (dont j’ai déjà parlé) et un Bonheur Parfait.
Je me suis donc empressé d’acquérir ce bonheur et nous y voilà.
Il s’agit de l’histoire tristement banale et commune de la démolition de la vie de couple arrivée quand se pointe la quarantaine. C’est une tragédie modeste ; la dissection méthodique d’une illusion.
Leur vie est mystérieuse. Pareille à une forêt. De loin, elle semble posséder une unité, on peut l'embrasser du regard, la décrire, mais, de près, elle commence à se diviser en fragments d'ombre et de lumière, sa densité vous aveugle. À l'intérieur, il n'y a pas de forme, juste une prodigieuse quantité de détails disséminés: sons exotiques, flaques de soleil, feuillage, arbres tombés, petits animaux qui s'enfuient au craquement d'un rameau, insectes, silence, fleurs. Et toute cette texture solidaire, entremêlée, est une illusion. En réalité, il existe deux sortes de vie, selon la formule de Viri: celle que les gens croient que vous menez, et l'autre. Et c'est l'autre qui pose des problèmes, et que nous désirons ardemment voir.
Si ça vous parle, il est peut-être judicieux de vous arrêter là.
Les effets qu’une séparation peut provoquer sont vraiment évocateurs.
N'importe quel couple qui se sépare - c'est comme une bûche qu'on fend. Les morceaux ne sont pas égaux. L'un d'eux contient le cœur.
La liberté est un concept publicitaire aussi récurent que périlleux à traiter (quoiqu’on le voit de moins en moins, c’est comme le bonheur d’ailleurs, on n’en parle plus). J’aime bien la définition qu’il en donne.
La liberté dont elle parlait, c'était la conquête de soi. Ce n'était pas un état naturel. Ne la connaissaient que ceux qui voulaient tout risquer pour y parvenir, et se rendaient compte que sans elle, la vie n'est qu'une succession d'appétits, jusqu'au jour où les dents vous manquent.
C’est intelligent comme un Kundera, et c’est bourré de trouvailles allégoriques, d’observations, de petites phrases qui sonnent bien, qui par leur simplicité font vraies.
Il y a des choses que j'aime dans le mariage, dit Nedra. Par exemple, son côté familier. C'est comme un tatouage, tu en voulais un tu l’as eu, et c’est à peine si tu en as encore conscience.
Il y a aussi une belle définition de l’insight :
Le volume reposait sur ses genoux; elle en était restée là de sa lecture. La force de changer votre vie vous vient d'un paragraphe, d'une remarque isolée.
Edit du jour, 3 personnes m’ont parlé de la dernière édition sur l’Infinie Comédie.
C’est sympa, merci.
Idées remarquables et phrases choisies
Le secret, c'est d'avoir le courage de vivre, amore. Si tu l'as, tout changera tôt ou tard. »
Tout comprendre, c'est ne rien aimer
Il resta couché à ses côtés; il passa son bras sous la tête de Lia et ramena les pans de son peignoir, comme si sa compagne avait été un magasin qu'il fermait pour la nuit
C'est toujours un accident qui nous sauve.
La liberté dont elle parlait, c'était la conquête de soi. Ce n'était pas un état naturel. Ne la connaissaient que ceux qui voulaient tout risquer pour y parvenir, et se rendaient compte que sans elle, la vie n'est qu'une succession d'appétits, jusqu'au jour où les dents vous manquent.
n'importe quel couple qui se sépare - c'est comme une bûche qu'on fend. Les morceaux ne sont pas égaux. L'un d'eux contient le cœur.
Une des dernières grandes révélations: la vie ne sera pas conforme à votre rêve.
ces mouches s'étaient noyées dans le vin; elles étaient au fond de la bouteille avec un peu de sédiment, ce déchet qui vous prouve l'authenticité des choses. Voilà ce qui manque à la vie américaine: le sédiment.
Viri resta dans la maison. Tous les objets, même ceux qui avaient appartenu à Nedra et qu'il ne touchait jamais, semblaient partager sa perte. Il était soudain coupé de sa propre vie. Cette présence, aimante ou non- qui remplit le vide des chambres, l'atténue, l'allège - avait maintenant disparu. La simple avidité qui vous retient auprès d'une femme le laissa soudain désespéré, hébété. Un espace fatal s'était créé, comme celui qui sépare un paquebot du quai, devenu brusquement trop large pour sauter; tout est encore présent, visible, mais inaccessible désormais.
Il atteignait presque l'âge où l'univers devient brusquement plus beau, et se révèle d'une façon spéciale, dans chaque détail: un toit, un mur, le frémissement des feuilles avant la pluie. Maintenant que la vie raccourcissait, le monde s'ouvrait le temps d'un long regard passionné et tout ce qui avait été refusé était enfin accordé.
il m'arrive parfois de penser que la seule et véritable éducation est dispensée par une unique personne. C'est comme la naissance: on reçoit tout d'une seule source parfaite.
Le volume reposait sur ses genoux; elle en était restée là de sa lecture. La force de changer votre vie vous vient d'un paragraphe, d'une remarque isolée.
Comment imaginer ce que serait notre vie sans la lumière de celle des autres?
Il y a de l'affection dans les familles, mais rarement de la camaraderie.
«Non, je vais te dire ce que c'est, rectifia-t-elle. Le mariage m'est devenu indifférent. J'en ai assez des couples heureux. Je ne crois pas à leur bonheur. Ces gens se racontent des histoires. Viri et moi sommes amis, de bons amis, et je pense que nous le serons toujours. Mais le reste... le reste est mort. Nous le savons tous les deux. Ce n'est pas la peine de faire semblant. Notre couple est pomponné comme un cadavre, mais il est déjà pourri.
Il y a des choses que j'aime dans le mariage, dit Nedra. Par exemple, son côté familier. C'est comme un tatouage, tu en voulais un tu l’as eu, et c’est à peine si tu en as encore conscience.
Les enfants sont notre récolte, nos champs, notre terre. Ce sont des oiseaux lâchés dans l'obscurité. Des erreurs renouvelées. Néanmoins, ils sont la seule source d'où nous pouvons tirer une vie plus réussie, plus intelligente que la nôtre. D'une certaine façon, ils feront un pas de plus, ils apercevront le sommet. Nous croyons à la splendeur jaillie d'un avenir que nous ne verrons pas. Les enfants doivent vivre, ils doivent triompher. Les enfants doivent mourir; c'est une idée que nous ne pouvons accepter.
"Jivan, il faut que tu me promettes trois choses." J'étais un petit garçon à l'époque, et il m'a dit : "Tivan, tout d'abord, promets-moi de ne jamais jouer. Jamais? " Vous savez, j'avais entre sept et huit ans à l'époque, et il me disait des choses pareilles. "Si tu dois absolument jouer, dit-il, fais-le avec le roi des joueurs. Tu le trouveras dans la rue ; il est nu, il a tout perdu, même ses vêtements. Ensuite..." Moi, j'étais encore en train d'essayer d'imaginer ce roi, ce mendiant, mais déjà mon père poursuivait : "Ensuite, ne va jamais chez les putains." Excuse-moi, Franca. Je n'avais que huit ans, je ne savais même pas de quoi il parlait. "Jamais, dit-il, promets-le-moi. Si tu dois absolument le faire, n'y va que le matin: à ce moment-là, elles ne sont ni maquillées ni poudrées et tu pourras voir leur vrai visage, tu comprends? - Oui, dis-je. Oui, père. - Très bien, dit-il, et la troisième chose, écoute-moi bien, c'est qu'il faut toujours repeindre une maison avant de la vendre." »
Tu sais, il y a des éducations qui te démolissent, et pourtant, si tu y survis, ce sont les meilleures au monde.
Il était né après une guerre, avant une autre - en 1928 en fait, une année de crise, cruciale pour le siècle. Il était né sans se soucier de l'époque, comme tout le monde.
À trois ans, elle souffrait d'un cancer, on avait dû l'amputer. Avant, elle était invisible.
Il avait entamé cette période où tout, dans la sienne, semblait se répéter, se produire pour la deuxième ou la troisième fois comme une prestation dont il connaissait toutes les variations possibles.
Il disait que jusqu'à l'âge de cinquante ans, il avait vécu au-dessous de la ceinture, après cinquante ans, au-dessus.
Quand tu es aimée, tu crois que l'amour, ça se trouve à tous les coins de rue, que tout le monde en reçoit. Ce n'est pas vrai. C'est une chose très rare.
Ce qui compte, c'est d'apprendre comment vivre et sur quel mode. Et si on ne fait pas ça, tout le reste ne sert à rien.»
il leur lit un livre, comme chaque soir; il a l'impression de les arroser, de biner la terre à leurs pieds.
Elle a neuf ans. Danny en a sept. Ces années-là sont interminables, mais ne s'inscrivent pas dans le souvenir.
Elle avait accepté les limites de sa vie. Cette angoisse, ce contentement créaient sa grâce.
L'été est le midi des familles unies.
La vie méprise le savoir; elle le force à faire antichambre, à attendre dehors. La passion, l'énergie, les mensonges, voilà ce que la vie admire. Néanmoins, on est capable de supporter beaucoup de choses si l'humanité entière vous regarde. Les martyrs sont là pour le prouver. Nous vivons dans l'attention des autres. Nous nous tournons vers elle comme les fleurs vers le soleil.
Il n'existe pas de vie complète, seulement des fragments. Nous sommes nés pour ne rien avoir, pour que tout file entre nos doigts. Pourtant, cette fuite, ce flux de rencontres, ces luttes, ces rêves... Il faut être une créature non pensante, comme la tortue. Être résolu, aveugle. Car, tout ce que nous entreprenons, et même ce que nous ne faisons pas, nous empêche d'agir à l'opposé. Les actes détruisent leurs alternatives, c'est cela, le paradoxe. De sorte que la vie est une question de choix - chacun est définitif et sans grandes consé-quences, comme le geste de jeter des galets dans la mer. Nous avons eu des enfants, pensa-t-il; nous ne pourrons jamais être un couple sans enfants. Nous avons été modérés, nous ne saurons jamais ce que c'est que de brûler la chandelle par les deux bouts...
Arnaud était costaud à la manière des hommes chez qui cela surprend : professeurs de maths, dentistes.
Leur vie est mystérieuse. Pareille à une forêt. De loin, elle semble posséder une unité, on peut l'embrasser du regard, la décrire, mais, de près, elle commence à se diviser en fragments d'ombre et de lumière, sa densité vous aveugle. À l'intérieur, il n'y a pas de forme, juste une prodigieuse quantité de détails disséminés: sons exotiques, flaques de soleil, feuillage, arbres tombés, petits animaux qui s'enfuient au craquement d'un rameau, insectes, silence, fleurs. Et toute cette texture solidaire, entremêlée, est une illusion. En réalité, il existe deux sortes de vie, selon la formule de Viri: celle que les gens croient que vous menez, et l'autre. Et c'est l'autre qui pose des problèmes, et que nous désirons ardemment voir.
