“Moquez-vous de la publicité si vous voulez, mais sachez qu'avant de devenir un truc que vous honnissez, un mec comme moi a glissé dans un PPT une phrase de l'un de vos auteurs préférés.”
Entre le 24 décembre et le 2 janvier j’ai lu trois trucs.
Le Cherokee de Richard Morgiève parce que l’ami Ludo M m’avait dit beaucoup de bien du dernier livre de l’auteur, je n’avais pas la thune pour l’acheter en broché, j’ai donc pris le précédent en occaz ;
La Note américaine (Killer of the flower moon) de David Grann parce que Les Naufragés du Wager et Lost City of Z sont, de loin, les meilleures leçons de storytelling reçues en 2023 ;
Le Roman de la Cité Interdite du japonais Asada Jiro parce que ma belle mère me l’a offert à Noël, que je suis poli et qu’à la fin de l’après-midi passé chez elle j’avais déjà lu les 150 premières pages. Il en restait encore 1000 mais une force inconnue du genre “tu t’es déjà trop investi pour bâcher maintenant” m’a forcé à aller au bout - j’imagine qu’une loi économique explique ce comportement. Si ce n’est pas le cas, vous l’aurez lu ici en premier.
En écrivant cette introduction je me rends compte que les deux premiers se répondent. Le Cherokee, comme référence au peuple d’indiens dont il n’est pas du tout question dans le livre et les indiens Osage, au centre de La Note américaine comme ne le laisse pas présager le titre.
Quant au 3e, j’ai beau cherché, je n’ai pas de tiercé.
L’an dernier j’avais, par pur hasard, enchainé Les idéalistes de Kristopher Jansma, un hommage à Ted Sorensen, la plume de JFK ; 22/11/63 de Stephen King sur l’assassinat de JFK et “Un rêve Américain” de Norman Mailler dont le héros est un ami de JFK et celui-ci une ombre pendant tout le roman.
La vie est dingue, hein.
Aucun de ces livres ne rentre dans ma liste des “si t’aimes pas je te rembourse” mais il y a quand même deux trois trucs à prendre pour vos PPTs.
Le Cherokee
Mises bout à bout toutes ces actions auxquelles on ne prêtait pas attention, qu'on faisait en pensant à autre chose, vidaient le sablier.
Corey a manqué lui dire de ne pas porter son pistolet-mitrailleur Thompson en sautoir sur le ventre, parce qu'il pourrait bien le regretter. Mais si on disait tout, on n'arrêterait plus de parler.
Tous les enquêteurs étaient proustiens, forcément, encore un point marqué par les Français. Le crime à résoudre était toujours ancré dans les souvenirs de l'enquêteur, toujours. C'était une loi, la loi. L'enquêteur devait lire dans ses propres souvenirs le meurtre sur lequel il travaillait. (NB : les planners aussi)
L'expérience ne venait pas avec l'âge mais avec l'attention qu'on prêtait à ce qu'on faisait. La sagesse prêtée aux vieux, c'était des balivernes. Il y avait plein de vieux cons, des divisions, des armées de vieux cons.
On avait inventé le théâtre à cause de l'insignifiance qui n'était qu'humaine pour faire croire à l'homme que sa parole résonnait, était d'or, que sa vie avait un sens.
Les chiffres et les statistiques, c'était le nouvel avatar de la pensée blanche. Ça permettait de payer des gens à ne rien dire et de faire croire aux abrutis qu'ils ne l'étaient pas. (ahemm haha)
Qui ne connaissait pas l'histoire de la blonde qui voulait être brune? Tout le monde voulait du miel sur sa crêpe et après on se plaignait qu'on avait un gros bide, des grosses fesses.
La Note américaine
« Une fois que l'on a éliminé l'impossible, ce qui reste, aussi improbable que cela soit, doit être la vérité. »
Il en alla de même d'un autre agent, Frank Smith, un Texan qui mentionnait ses centres d'intérêt dans cet ordre : « Tir à la carabine et au pistolet - chasse au gros gibier - pêche sportive - escalade - aventure - chasse à l'homme. » (je veux tellement mettre ça sur mon CV)
Les Osages avaient vu ce qui était arrivé aux Cherokees. Le gouvernement américain avait racheté leurs terres et avait annoncé qu'à partir du 16 septembre 1893, à midi, les colons qui parviendraient les premiers sur chacune des quarante-deux parcelles de ce territoire en deviendraient les légitimes propriétaires.
Des dizaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants avaient débarqué de Californie et même de New York. Ces rebuts de l'humanité prêts à tout s'étaient agglutinés aux frontières, crasseux, en lambeaux, telle une armée qui se serait retournée contre elle-même.
Finalement, après avoir abattu plusieurs resquilleurs qui avaient essayé de passer la ligne en douce avant l'heure, le coup d'envoi fut donné - UNE COURSE POUR LA PROPRIÉTÉ COMME LE MONDE N'EN A ENCORE JAMAIS vu, titra un journal. Un reporter écrivit : « Les hommes se frappent entre eux tout en poursuivant leur course. Les femmes poussent de hauts cris et s'écroulent, évanouies, et se font piétiner, parfois même tuer.» Le journaliste continuait son récit ainsi : « La Prairie est recouverte d'hommes, de femmes et de chevaux. Ici et là, des hommes se battent à mort, chacun prétendant être arrivé le premier. On sort couteaux et revolvers - là, une scène est horrible et passionnante à la fois, aucun mot ne peut la décrire [...). Une lutte acharnée, à chacun pour soi, et dont le diable aura le dernier mot. » À la tombée de la nuit, le territoire cherokee était démantelé.
Le roman de la cité interdite
Au début de la vie, la nature de l’homme est la vertu, ses dispositions l'en rapprochent, le savoir l'en éloigne. On se sert du talent pour maquiller le vice. Le savoir peut dissimuler les pires défauts.
La fierté apporte la perte, l'humilité est source de bien.
La première nuit de l'examen, chaque candidat est pris de folie: c'est au cours de cette nuit-là que vont se décider tous les bonheurs ou tous les malheurs de son existence. Ceux qui ont fait le plus d'efforts, ont lutté contre vents et marées pour en arriver là, sombrent dans un état second qui ne leur permet plus de distinguer la réalité du rêve.
