“Moquez-vous de la publicité si vous voulez, mais sachez qu'avant de devenir un truc que vous honnissez, un mec comme moi a glissé dans un PPT une phrase de l'un de vos auteurs préférés.”
Au flamboyant 67% de taux d’ouverture de l’édition 19 consacrée à Cioran (ça marche toujours bien Cioran) s’est substitué un médiocre 54% pour les deux dernières éditions.
Je me devais de réagir.
La publicité c’est surtout du pif. Désolé de dire la vérité mais nous ne nous appuyons toujours que sur des probabilités pour savoir si une campagne va, ou pas, “performer'“.
Si il y a des annonceurs parmi les lecteurs, rassurez-vous ; on l’espère toujours.
Comme les gens ont besoin de se rassurer, surtout quand il s’agit de claquer des millions d’euros, on a inventé, une “méthodo”, qui comme la magie fait illusion pour un temps.
The 3C Methodology : Context / Content / Connection et que j’ai appliqué aujourd’hui.
(Je fais de l’A/B testing)
Le contexte : Pour les deux ans de la guerre en Ukraine, France Inter a (re) poussé en une de son app le podcast Poutine, le tsar soviétique. J’avais la semaine dernière quelques heures de déplacement pro à vélo à occuper, une fois fini, j’ai eu envie de relire Limonov d’Emmanuel Carrère.
Le contenu : La biographie d’un homme né en Ukraine en 45, mort en 2020 - écrivain, clochard à NY, soldat, homme politique, prisonnier … - et qu’il est tentant, d’un point de vue romantique de voir comme l’incarnation humaine à la fois de l’âme et de l’histoire récente russe (Si Limonov lisait cette phrase je pense qu’il viendrait me chercher et m’exterminer “jusque dans les chiottes”).
Si les extraits ci-après ne sont évidement pas suffisants pour comprendre Poutine et les Russes, le livre l’est. L’ayant fini, j’ai eu envie de rechercher ce qu’en mars 2022, pile au déclenchement de la guerre, j’avais conservé du livre Le Mage du Kremlin de Giuliano da Empoli. Sur 4 extraits photographiés, tous mettent en scène des échanges du héros avec… Limonov. (ils sont à la fin, l’extrait en objet de ce mail en est d’ailleurs tiré)
La connexion : le sujet de cette édition étant d’actualité, peut-être aurez-vous envie de la partager. (Vous n’êtes toujours que 59 avec Renaud qui est inscrit deux fois)
Une fois de plus pas grand choses pour vos PPTs mais sait-on jamais.
« Le socialisme intégral n'est pas une attaque contre des abus spécifiques du capitalisme mais contre la réalité. C'est une tentative pour abroger le monde réel, tentative condamnée à long terme mais qui sur une certaine période réussit à créer un monde surréel défini par ce paradoxe : l'inefficacité, la pénurie et la violence y sont présentées comme le souverain bien. »
Le privilège que saint Thomas d'Aquin déniait à Dieu, faire que n'ait pas eu lieu ce qui a eu lieu, le pouvoir soviétique se l'est arrogé, et ce n'est pas à George Orwell mais à un compagnon de Lénine, Piatakov, qu'on doit cette phrase extraordinaire : « Un vrai bolchevik, si le Parti l'exige, est prêt à croire que le noir est blanc et le blanc noir.
On était sûr, dans un débat, de se tailler un succès en évoquant la théorie des 5 % formulée par le Petit Père des Peuples (en substance: si sur la masse des gens arrêtés il y a 5% de coupables, c'est déjà très bien), ou en citant la phrase de son commissaire à la justice, Krylenko : « Il ne faut pas seulement exécuter des coupables, l'exécution des innocents impressionne davantage. »
La seule façon d'empêcher que la terreur me paralyse tout à fait, c'était d'adopter cette position de repli ironique et blasé, de considérer toute espèce d'enthousiasme ou d'engagement avec le ricanement du type pas dupe, revenu de tout sans être jamais allé nulle part.
Poutine répète sur tous les tons quelque chose que les Russes ont absolument besoin d'entendre et qui peut se résumer ainsi: « On n'a pas le droit de dire à 150 millions de personnes que soixante-dix ans de leur vie, de la vie de leurs parents et de leurs grands-parents, que ce à quoi ils ont cru, ce pour quoi ils se sont battus et sacrifiés, l'air même qu'ils respiraient, tout cela était de la merde.”
La rêverie, c'est l'exact contraire de la méditation. Petit bruit de fond mental dont la plupart des gens n'ont même pas conscience alors que c'est la pire des pertes de temps et d’énergie.
Le plus grand compliment qu'il puisse faire à quelqu'un, c'est de dire qu'il sait où il est.
« Boris Nicolaïevitch, la démocratie, c'est bien, mais sans élections, c'est plus sûr.”
« Ce qu'il faut que vous compreniez, c'est que nous n'avions pas le choix entre une transition idéale vers l'économie de marché et une transition criminalisée. Le choix était entre une transition criminalisée et la guerre civile.”
De soixante-cinq ans en 1987, l'espérance de vie du Russe mâle est passée à cinquante-huit en 1993.
Comme son grand talent dans la vie est de tirer profit de tout ce qui lui arrive, il ne tarde pas à trouver ça intéressant.
“Et, comme il le dit joliment, «vit entouré de crimes comme les habitants d'une forêt vivent entourés d'arbres ».
Dans sa bouche, au sens que lui donnait George Orwell quand il parlait de common decency : cette haute vertu qui est, disait-il, plus répandue dans le peuple que dans les classes supérieures, extrêmement rare chez les intellectuels, et qui est un composé d'honnêteté et de bon sens, de méfiance à l'égard des grands mots et de respect de la parole donnée, d'appréciation réaliste du réel et d'attention à autrui.
ils préfèrent la vérité à ce qu'ils aimeraient qu'elle soit.
La guerre est quelque chose d'excitant et qu'on n'y va pas, quand on a le choix, par vertu mais par goût.
« C'est bizarre, quand même. Pourquoi est-ce que vous voulez écrire un livre sur moi? »
Je suis pris de court mais je réponds, sincèrement : parce qu'il a - ou parce qu'il a eu, je ne me rappelle plus le temps que j'ai employé - une vie passionnante. Une vie romanesque, dangereuse, une vie qui a pris le risque de se mêler à l'histoire.
Et là, il dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarder : « Une vie de merde, oui. »
LE MAGE DU KREMLIN
Giuliano da Empoli
On ne sait jamais rien. Tu ne contrôles pas les choses qui arrivent, pire, tu n'es même pas capable de savoir si elles sont bonnes ou mauvaises. Tu es là, tu attends une chose, tu la désires de toutes tes forces. Elle se produit enfin et, juste après, tu te rends compte que ta vie est gâchée. Ou le contraire.
Richelieu a fait une loi pour empêcher deux mâles adultes de se défier à coups d'épée, tu te rends compte?
L'homme occidental ne s'en est jamais remis. De là au congé paternité, ça s'est fait dans la foulée.
Le problème, c'est le contenu de la culture américaine. Une dé-civilisation qui a rendu impossible la véritable grandeur pour garantir un Happy Meal à tout le monde.
