La possibilité d’un PPT is a place to record the stuff I think that doesn't have an immediate client Powerpoint.
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
Ce week-end, j’ai regardé l’UTMB : des milliers de trailers qui, partis de Chamonix, font le tour du Mont-Blanc, traversent trois pays dans des conditions dantesques et sont accueillis, pour l’un d’entre eux en moins de 19 heures (18 h 16), en véritables héros.
Ce week-end, j’ai aussi lu C’était ça ou mourir, du Canadien d’origine haïtienne Orélien Thélyson.
Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui, partis d’Haïti, font le tour du monde, traversent toute l’Amérique pour être accueillis avec mépris dans un pays qui veuille bien d’eux.
Je ne suis prêt pour aucun des deux. Un esprit chagrin pourrait même imaginer de créer une épreuve de trail extrême avec uniquement des migrants au départ. Ils n’ont peut-être pas de tente hypoxique mais ils ont le mental.
Je ne vais pas y aller par quatre chemins : il faut lire C’était ça ou mourir.
Il faut se mettre dans la peau de Jonas, le traileur malgré lui.
Il faut admirer la façon dont on peut encore faire sonner le français.
C’est un grand livre sur le fond et la forme.
Ca sent la moisson de prix.
Bonne rentrée.
J’en profite pour vous conseiller l’indispensable ouvrage Nous les Français du plus célèbre de mes abonnés, Raphaël Llorca (et ses amis).
Considérations et phrases remarquables.
« Nous avons perdu notre foyer, c’est-à-dire la familiarité de notre vie quotidienne. Nous avons perdu notre travail, c’est-à-dire l’assurance d’être de quelque utilité en ce monde. Nous avons perdu notre langue, c’est-à-dire le naturel de nos réactions, la simplicité de nos gestes, l’expression spontanée de nos sentiments. »
Hannah Arendt
connaître la géographie, c’était connaître sa place dans le monde.
quand les balles se mettent à parler, on ne leur coupe pas la parole en fuyant au hasard.
À Fontamara, j’ai croisé une femme avec deux enfants au bout d’une corde, comme en laisse. Je lui ai demandé pourquoi elle les tenait ainsi attachés. Elle m’a répondu : « Comme ça, si l’un meurt, je n’aurai pas à chercher l’autre.
J’ai toujours trouvé que les idées idiotes étaient les plus sûres parce qu’on ne les vole jamais.
Le genre de gars qui parle plus qu’il ne pense, mais qui pense plus qu’il n’ose le dire.
C’était ça, la magie de Ti-Samson. Il ne mentait pas. Il décalait la réalité jusqu’à ce qu’elle épouse ses espérances.
C’était ça, la magie de Ti-Samson. Il ne mentait pas. Il décalait la réalité jusqu’à ce qu’elle épouse ses espérances.
Un migrant qui passe une frontière, c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde.
Moi, je portais des savates dont les semelles racontaient la fuite que j’essayais de cacher.
Des Haïtiens y vivent, ou plutôt y stationnent, comme des colis mal étiquetés.
la honte est un visa provisoire.
María del Carmen. Un corps dessiné comme une insulte aux pauvres,
Elle m’a hébergé dans un coin de sa vie.
Ce mot-là, il faut s’en méfier. Quand une femme dit que tu es « authentique », c’est qu’elle t’aime malgré ce que tu es, pas en raison de ça.
« Les rêves, c’est comme les chemises qu’on repasse : ça se froisse dès qu’on les porte. »
Les uns nagent dans une piscine bleue, les autres se cachent des policiers en uniforme bleu. Et moi, quelque part entre les deux, j’essayais de comprendre comment un pays pouvait être à la fois carte postale et purgatoire.
Il était un fonctionnaire de l’espoir. Un entrepreneur de la détresse. Il avait compris une chose essentielle : il n’y a pas de business plus rentable que celui de la fuite.
Le short : trop usé pour séduire, mais encore bon pour marcher. Il avait connu des routes que même les guides de l’ONU ne mentionnent pas. Il portait la poussière du Sud dominicain, la sueur de Santiago, le sang du bus de Jérémie. Ce n’était plus un vêtement. C’était un document d’archives.
C’est après que j’ai eu honte. Pas honte d’avoir vendu. Honte d’avoir eu besoin de vendre. Parce que la bonté, dans ce monde-là, c’est un luxe réservé aux gens qui ont déjà mangé.
Le rire était une monnaie plus stable que le dollar.
Trop penser, c’est comme garder les pieds au même endroit trop longtemps : on s’enlise. Si on réfléchit, on s’enfonce. Si on doute, on crève.
Et tout le monde a ri. Doucement. Comme si on pleurait à l’envers.
CBP One, ce n’est pas qu’une appli. C’est un miroir qui reflète ce que nous sommes devenus : des suppliants connectés. Et moi, Jonas Dorléon, migrant, professeur, poète de pacotille, j’ai été scanné, validé, géolocalisé. Mais jamais libéré.
« Ici, il n’y a pas de paysage, il n’y a que des procédures. »
La route était un pays en soi. Un pays mouvant et sans drapeau, où les règles changeaient tous les vingt kilomètres.
Un jour où il lavait ses habits à la main dans la baignoire, il m’a dit : « Ce pays est bien. On peut boire l’eau du robinet. Mais on ne peut pas boire les paroles des gens. »
Je viens d’un pays où le temps n’avance pas en mois, mais en secousses. Où il n’est pas question du printemps ou de l’été, mais de périodes calmes et de périodes de déplacement,
Je ne savais pas encore que le froid n’est pas qu’une température : il est aussi une pédagogie.
