La possibilité d’un PPT is a place to record the stuff I think that doesn't have an immediate client Powerpoint.
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
On m’a reproché, à propos du dernier numéro de cette newsletter à succès consacré au Fondateur, que mes introductions devenaient un peu trop succinctes. C’est perturbant parce qu’on m’avait précédemment fait le reproche inverse. Reproche, je dramatise, on me l’a surtout gentiment fait remarquer.
Aujourd’hui, le bonheur de l’un fera le malheur de l’autre.
J’espère que t’es content Seb, désolé Xuoan. Double peine pour ce dernier, plus difficile à anonymiser (j’ai quand même fait l’effort de bien l’orthographier).
Si je devais revenir rapidement sur le Fondateur, j’aimerais relever cette drôle de tendance racontée dans le livre et que j’ai depuis vue un peu partout. La clope revient en force dans la Silicon Valley parce que les mecs sont persuadés que le cancer du poumon est une chose réglée. Un pari de Pascal un peu spécial.
Partant de ce principe, si on ne met pas de bâton dans les roues du développement de l’IA tout ce qui jusqu’à présent pouvait nous tuer devient obsolète, alors s’opposer à son développement est un crime contre l’humanité. CQFD.
Ça, c’est fait.
Revenons à nos moutons.
Ma femme aime les BD. Il y a quelques années, en passant dans ma librairie (Encre Ciel à Saint-Ouen, anciennement Folie d’Encre) avec mes deux filles, Théo, l’habile commerçant, me suggère de lui offrir un truc qui vient de sortir et qui fera, il en est sûr, date : Zaï zaï zaï zaï – la blague étant qu’on ne sait jamais combien de Zaï mettre – de Fabcaro.
Je prends la BD, je vais au parc avec mes kids, m’assois sur un banc cinq minutes avec elle, commence à la feuilleter, passe à autre chose (probablement aller rappeler à un gamin que c’est au tour de ma fille de faire de la balançoire et qu’il faut savoir partager. On se sait entre darons), rentre chez moi, annonce à ma femme que j’ai un cadeau pour elle et remarque que ben, non, il a dû rester sur ce banc.
Cet été, en dèche de podcasts pour mes laborieuses sorties « running », je me décide à commencer LE PODCAST culte français que je n’avais jamais écouté, de manière déchronologique. Du plus récent au plus vieux, quoi. Le Floodcast, 10 saisons, une trentaine d’épisodes d’une heure trente en moyenne par saison.
Je viens d’arriver à la saison 1, je vous laisse deviner le nombre de bornes parcourues en courant.
Arrivé à la saison qui doit correspondre au moment où j’ai acheté puis perdu cette BD, je me rends compte que, lorsque vient le temps, en fin d’émission, des recommandations culturelles des invités, Zaï zaï zaï zaï est systématiquement cité.
Je décide donc de la racheter. Plus pour moi, manifestement, puisque je l’ai vue ce matin dans les toilettes. C’est, je pense, et sans ironie, la meilleure place pour cette œuvre.
Avant d’arriver dans nos WC, je l’ai prise avec moi la semaine dernière pour tuer le temps dans une salle d’attente avant une opération (bénigne) ; me disant qu’on n’accepterait pas ma Kindle et espérant que l’attente fût courte.
Grand bien m’en a pris puisque j’étais le seul à me marrer comme une baleine dans cette salle d’attente remplie d’hommes de 50 ans nus sous des blouses trois fois trop grandes. Et je peux vous assurer que, pour me faire marrer, il faut s’y prendre de bonne heure.
Je me souviens alors que cet homme a plusieurs cordes à son arc (ce qui n’est pas très pratique, Floodcast joke, je suis matrixé) et qu’il écrit aussi des bouquins.
Eh ben putain, qu’est-ce que c’est bien.
J’ai enchaîné Le Discours, Journal d’un scénario et Alaska en une semaine.
Je me suis beaucoup fait pipi dessus de rire depuis.
J’adore son rythme, j’en suis jaloux, je trouve ça génial d’arriver à avoir un style si distinctif et reconnaissable.
C’est l’histoire d’un scénario, tenu comme un journal de bord, de la vision pure de l’artiste à l’objet fini broyé par les producteurs.
Lecture fortement recommandée aux créatifs qui ont vu maintes fois leur travail destiné à briller à Cannes finir à Caen.
Considérations et phrases remarquables.
(Je m’impose une pression absurde selon laquelle, puisque je suis scénariste, mes textos doivent être efficaces, percutants, spirituels, impeccables. Attend-on du cuisinier d’un restaurant réputé que ses sandwichs de pique-nique familial soient des perles de gastronomie ?)
Pourquoi les gens divorcés attirent les gens divorcés ? C’est un truc chimique tu crois ? On sécrète une hormone ? Je lui demande comment ça s’est passé. Ça s’est passé qu’il nous est passé vingt ans dessus et qu’on les remonte pas à la rame avec un café.
L’angoisse est une couche-tard, l’excitation une lève-tôt. J’ai travaillé trois heures d’une seule traite, m’interrompant à peine pour me servir des cafés. Je suis particulièrement fier de certains passages absents de la première version, qui se sont imposés à moi sans trop d’efforts. Une suite d’apparitions miraculeuses. Ce matin, mon bureau : la grotte de Lourdes.
Nous mangeons un sandwich à la dinde à dix heures du matin, au camion-snack où nous avons nos habitudes. Le type ne fait jamais assez cuire la dinde sur sa plaque carbonisée. Noir dehors, rose dedans, voilà qui pourrait être son enseigne. Yann a coutume de dire Pour le même prix, tu as la listeria et le cancer du poumon.
Il précise Je suis berrichon comme Chabloz m’avait précisé qu’il était bourguignon, comme si l’origine provinciale était un gage indiscutable de confiance et d’honnêteté, un passeport de valeurs ancestrales, on pourrait presque se contenter de ce bagage dans un CV. Expérience professionnelle : berrichon.
Aurélie m’a envoyé deux textos, elle s’inquiète de mon silence. Je lui réponds Pardon, cloué au lit par une méchante gastro. À peine le message parti, je suis horrifié par le choix de mon alibi. Une gastro ? Avec toutes les maladies qui existent, j’ai choisi celle-là. J’écris tout de suite après Pardon, grippe, pas gastro, correcteur orthographique.
Je préfère mon adage à moi : un artisan est quelqu’un qui fait ce qu’il sait faire, un artiste est quelqu’un qui fait ce qu’il ne sait pas faire.
La fatigue et la gueule de bois, bizarrement, me mettent dans un état propice à l’écriture. Je dis bizarrement, mais au fond pas tant que ça : on n’est jamais moins paralysé par l’écriture que quand on la prend de biais, par surprise, sans enjeu apparent, dans une sorte d’indifférence tranquille. Mon état cotonneux induit cette approche. On n’écrit jamais aussi bien qu’à distance. Du moins à une distance suffisante, ni trop loin ni trop près. Ma gueule de bois me place dans la focale idéale.
L’élégance en bandoulière, l’orgueil en pendentif, grand prince.
Toujours ce sentiment partagé entre la satisfaction d’un dialogue réaliste et ciselé et cet arrière-goût amer d’avoir pillé un morceau d’existence.
Je passe ma vie à refaire le match sans jamais l’avoir joué.
C’est quand on lâche la rampe de la séduction qu’on est le plus séduisant. Et Yann l’a bien lâchée, il en oublie même parfois les simples convenances, commandant son couscous sans même regarder la fille, sur un ton qui semble dire Ça ou autre chose, de toute façon ça finira en excréments.
Aurélie s’est attachée à un Boris qui n’est pas moi, un Boris sublimé, celui que j’aurais aimé être et ne suis qu’à travers ses yeux – mais au fond, n’est-ce pas la définition même du sentiment amoureux ? Voir l’autre comme on veut qu’il soit ? Et puis un jour le filtre ne fonctionne plus, obsolescence programmée comme elle dit, hop, poubelle.
Nous procédons souvent ainsi quand un auteur a un petit blocage, c’est notre rituel, café sur café et brainstorming. Et autant vous dire, sans nous vanter, que quand nous nous y mettons, nous parvenons à dégripper n’importe quel type de situation.
Boris, tu dois lui écrire des silences, de longues tirades de silences,
Il m’annonce un chantier pharaonique sous forme anecdotique, comme ça, entre deux bouffées de cigarette. Comme il aurait dit Je vais postuler pour aller sur Mars.
Yann me dit Tu as l’air fatigué. Oui, aussi. De ça je peux lui parler. Oui, je travaille beaucoup. Je ne précise pas : en côte et contre le vent.
Message de Jujulafrite. Toujours pas un mot. Pièce jointe Essai6. J’ouvre. Il a fait une tentative d’affiche dessinée. Comme celles d’Alain Resnais réalisées par Floc’h. Mais Julien n’est pas Floc’h, il n’a même pas la moindre disposition pour le dessin. J’ai l’impression d’être face à un de ces tatouages de Johnny Hallyday sur le bras épais d’un motard sexagénaire. Louis Garrel (je suppose que c’est lui) ressemble à s’y méprendre à Bernard Ménez jeune. Julien me fait prendre conscience du fait que, à quelques dixièmes de millimètres près, on peut être soit Louis Garrel soit Bernard Ménez. À quoi tient une vie.
