La possibilité d’un PPT is a place to record the stuff I think that doesn't have an immediate client Powerpoint.
Père ManQ, raconte-nous une histoire.
Après s’être mis dans la peau de l’éminence grise de Poutine, Giuliano da Empoli s’aventure cette fois dans l’ombre de Peter Thiel, le fondateur de Palantir, cofondateur de PayPal, investisseur dans Facebook et soutien de Donald Trump.
C’est exceptionnel, sur le fond comme sur la forme.
J’ai rarement lu quelque chose d’aussi élégant et en même temps flippant.
C’est tellement bien écrit que je l’ai soumis à l’IA.
Considérations et phrases remarquables.
Le chef est pressé, on ne sait pourquoi. Il a pourtant compris, lui aussi, que c’est fini. Je l’ai vu lire les sondages à bord de l’avion pour Palerme. Qu’est-ce que ça doit faire, à quelqu’un qui a tellement besoin du regard des autres, de découvrir que la majorité d’entre eux, selon les calculs scientifiques d’un institut qui fait autorité, te considère comme un charlatan, un incapable ou un vendu ?
L’Italie tourne dans son lit, cherchant une position qui lui fera moins mal. Mais il faut jouer la comédie jusqu’au bout.
Le premier intervenant était l’un de ces consultants à cinquante mille dollars la conférence, qui ne font guère plus qu’emballer un résumé des cinq derniers éditoriaux de The Economist dans un diaporama multicolore, parsemé de « tendances émergentes » et de « grandes mutations », le tout déclamé sur un ton d’optimisme professionnel.
Je m’étais préparé à voir apparaître sur scène l’un de ces jeunes hommes en tee-shirt, au teint grisâtre et à l’attitude faussement décontractée, que leurs obsessions bizarroïdes et leur incapacité manifeste à établir le moindre contact humain avaient relégués, pendant des siècles, tout en bas de la pyramide sociale, et qui, par un curieux renversement de l’histoire, se trouvaient désormais projetés au sommet grâce à ces mêmes obsessions, devenues la source de tout bien. Mais la silhouette qui se présenta sur le podium déjoua ces attentes.
Son blazer bien coupé, la chemise à rayures ouverte sur un torse bronzé, la Patek à son poignet, la carnation brillante de trop de masques faciaux lui donnaient plutôt le glamour instantané et un peu vulgaire d’un trafiquant de diamants ou d’un armateur grec.
Son anglais évoquait l’insolence impunie des pensionnats suisses et des Porsche en cadeau à dix-sept ans et demi, mais son ton laissait percevoir quelque chose de moins convenu, la conviction d’un destin, une forme d’impatience, comme si ne pas le suivre revenait à rater l’essentiel.
L’orateur poursuivit en expliquant que le pouvoir ne venait plus des institutions, mais de leur disruption. Et que l’attention était la nouvelle monnaie. Celui qui la captait régnerait, non pas en dissimulant, mais en se livrant tout entier, sous les projecteurs. L’ère du courtisan s’achevait ; celle de la rock star commençait. Ce qui appartenait autrefois aux scènes et aux écrans avait envahi la politique. En tout lieu, le spectacle remplaçait la stratégie.
Si un politicien traditionnel saccage une chambre d’hôtel, sa carrière est finie. Si une rock star ne saccage pas sa chambre, c’est là que sa carrière est foutue… »
La barbarie est une source d’énergie. Elle redistribue les cartes. Pas de Venise sans Attila.
le ministre avait décidé de faire bonne mine à mauvais jeu et était même allé féliciter l’auteur pour sa brillante intervention.
la fin du monde a toujours existé. C’est juste une question de point de vue. Ce que la chenille appelle la fin du monde, le reste du monde l’appelle papillon.
une sorte d’éminence grise, ou d’âme noire,
On voyait déjà que le wokisme allait ficher l’université en l’air. Pour se libérer des hommes blancs morts, ils ont viré la Bible, Platon, Shakespeare – pour les remplacer par quoi ? Des cours de yoga ? Le résultat est sous nos yeux : en pleine guerre des civilisations, face à l’Islam et à la Chine, nos universitaires discutent pour savoir qui va dans quelles toilettes.
Le pognon est la récompense de ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent. Si rien ne vous passionne, si vous n’avez aucune idée de comment changer le monde, mais que vous avez de l’ambition, de l’énergie en trop, vous faites quoi ? Du fric, c’est déjà ça.
Il s’appelait René Girard. Sa grande idée, c’était la théorie mimétique : “L’homme, disait-il, est la créature qui ne sait pas ce qu’elle veut et se tourne vers les autres pour reconnaître son désir.”
Selon Girard, échapper au désir mimétique est la vertu rare et précieuse entre toutes.
Aujourd’hui, Google détient le monopole de la curiosité : quatre-vingt-dix pour cent des questions que l’humanité se pose chaque jour passent par eux.
Tu connais les règles du jeu, ceux qui se taisent sont les seuls dont la parole compte. Je ris, comme les autres, avec une légère sensation de malaise, qui aurait été plus intense si j’avais reconnu, à l’époque, l’une des maximes favorites de Joseph Goebbels.
Lui n’avait jamais eu la patience d’être spécialiste de quoi que ce soit, mais il s’était acharné à être curieux de tout. S’il y avait quelqu’un capable de relier les choses, c’était lui.
Comme les moines qu’il admirait, Frank tirait sa joie d’une forme de privation, une mortification où Instagram avait remplacé le cilice.
Tous là à balancer leurs noms de famille, comme s’ils les avaient mérités, mais pas un seul qui ait fait quoi que ce soit par lui-même.
Quelque chose me disait que j’allais être initié à une autre des innombrables règles que Frank concevait de toutes pièces et d’après lesquelles il modelait ensuite son existence au point de lui donner une forme tout à fait unique, l’équivalent humain d’un flamant noir, ou de la Tasmanie.
la seule forme d’élégance est de toujours prendre la vie telle qu’elle est, sans réserve.
« Je préfère être considéré comme malfaisant plutôt qu’incompétent »,
Son accent était difficile à placer, mi-allemand mi-espagnol, comme usé par trop de frontières.
C’est triste quand un homme ressent le besoin d’argumenter.
La seule façon de faire plaisir à Angelika en parlant d’une autre femme était de lui annoncer qu’elle s’était noyée dans la piscine du Marbella Club le matin même.
Depuis lors, je vivais ainsi. Avec l’idée que nos brosses à dents sont plus fortes que nous, qu’elles nous survivent, qu’elles peupleront encore la terre quand nous aurons disparu depuis longtemps.
Ah oui, bien sûr, très drôle. Tu sais quel est le seul problème de l’ironie, G. ? Elle ne construit rien : voici la raison pour laquelle c’est la spécialité des losers. Tu en connais beaucoup, des vainqueurs ironiques, toi ?
D’emblée, un détail m’avait révulsé plus que n’importe quel autre chez ses collègues de la tech : leur rapport pervers aux livres. S’ils s’étaient contentés de les ignorer, cela n’aurait, au fond, rien eu de grave. Mais la réalité était plus tordue. Ces hommes, qui n’avaient jamais éprouvé le moindre intérêt pour la lecture, avaient pourtant placé les livres, depuis leurs tout premiers pas, au cœur de leur stratégie de conquête. Les uns les numérisaient pour nourrir leurs machines ; les autres avaient bâti des empires du commerce en ligne sur eux. Tous avaient compris que les livres étaient la clé du pouvoir, mais sans jamais en pénétrer le mystère. Les fondateurs ne lisaient pas, ils calculaient – zéro ou un. Leur langage s’exécutait, point final.
L’apocalypse, vois-tu, c’est comme le reste : elle se démocratise…
C’était pourtant ma ville, celle où j’avais grandi, mais quelque chose en elle s’était décalé ; les scènes, les parfums, les ombres renvoyaient à un passé débranché de moi.
Bien qu’ils se présentassent comme des dieux, ces derniers n’étaient au final que des humains, et même plutôt primitifs, tandis que les fondateurs se consacraient à « changer l’espèce », comme le disait le mantra qui, à Palo Alto, avait remplacé depuis quelques années l’aspiration plus générique et modeste des premiers startupers à « changer le monde ». Le passé, pour eux, n’était qu’un résidu obsolète, et l’idée même de transmettre quelque chose à leurs successeurs, absurde, puisqu’ils comptaient bien vivre pour toujours.
Il donnait parfois l’impression d’être capable de conquérir le monde, mais pas un seul instant celle de pouvoir l’aimer.
Enfant, déjà, il souffrait de ne pas parvenir à être comme les autres, incapable d’abandon, de légèreté. Désormais au centre de la fête, il restait, paradoxalement, séparé d’elle.
Elle regardait son téléphone avec la tendresse que d’autres réservent à un enfant.
Ce que vous appelez “intuition”, ce sont des erreurs passées.
— Tu devrais les voir, répéta-t-il, c’est dingue. À une autre époque, il aurait parlé de nouveaux jeux, de casques, de consoles. Maintenant, il revenait du front et il parlait de guerre. — Vingt, trente garçons dans une pièce. Chacun derrière son laptop. Ça ressemble à une convention de gamers, mais non : ils font la guerre. Ils sont assis, calmes, chacun pilote son drone, scanne l’horizon, attend que la cible apparaisse. Ce sont eux, à présent, l’élite de l’armée. Les trois quarts des pertes ennemies, c’est eux. Les trois quarts du matériel détruit aussi. La hiérarchie s’est renversée. Aujourd’hui, les gamins qui refusent d’aller dormir pour continuer à jouer peuvent dire qu’ils s’entraînent à défendre la patrie. Et le plus fou, c’est que les parents les croient. Ils les laissent veiller toute la nuit, “pour l’Ukraine”.
Toute ma vie, j’ai constaté que les morts s’adressent à nous avec une pertinence à laquelle les vivants qui nous entourent sont très loin de pouvoir prétendre.
Les sceptiques de l’IA y étaient qualifiés de « terroristes », au sens propre : ils semaient la peur du futur. Leur faute était immense. « Tout ralentissement du développement coûtera des vies. Des morts évitables par une IA qu’on aura empêchée d’exister relèvent du meurtre. » Ainsi, freiner la tech, ses fondateurs triomphants, revenait à trahir l’humanité : un meurtre de masse condamnant des milliers, voire des millions d’individus, qui auraient pu être sauvés par l’accélération.
L’enfer, c’est la vérité qu’on a vue trop tard.
La mer, en contrebas, renvoyait une image de perfection : tout était prêt pour le bonheur officiel.
